JOURNAL DE BORD - WASHINGTON - MAI 2009

 

 

 

 

EN ATTENDANT LE SOLEIL

 

WASHINGTON – 4 au 9 mai 2009

 

 

 

 

 

Lundi 4 mai

 

La conférence ne commencera que mercredi, mais nous avons décidé avec ma collègue de prendre une journée de congé sur place. Nous partons donc dès le lundi. Le réveil sonne à 3H45 car nous nous sommes donné rendez-vous à 5H30 à Fort de France pour être sûrs d’être à l’aéroport vers 6H pour un décollage à 7H25. Juste devant nous, à l’enregistrement, un jeune couple attend son tour quand l’homme reçoit un appel. Immédiatement questionné sur la provenance de ce coup de fil, celui-ci donne une réponse qui ne doit pas être la bonne car il essuie immédiatement une scène de jalousie en règle. Le ton monte à tel point que l’hôtesse mettra leurs bagages en stand-by, leur départ semblant compromis. Finalement, ils sont bien présents, installés juste devant nous quand le bruyant ATR72 décolle. Très vite la femme remet ça, à haute voix, les bras croisés, dans une posture mêlant assurance, détermination, colère et doute sur les réponses apportées par son pauvre compagnon. Enfin pauvre… on n’en sait rien ! Faute de pouvoir se sustenter (eau ou coca, pas même de jus de fruit, rien à manger) nous bénéficions au moins d’un spectacle. Malheureusement, derrière nous, deux passagères hispanophones sont très bavardes et ont le verbe si haut que nous ne captons pas les finesses du dialogue de devant. Dommage ! Et cela dure pendant tout le voyage, avec de brefs moments de répit. Au passage de l’immigration à San Juan, l’homme passe avant nous tandis que madame entre à peine, à l’autre bout de l’immense salle. Bonnes vacances en perspective !

En route vers Miami, nous avons la chance de survoler les Bahamas et surtout que le temps soit magnifique : malgré les inévitables traces sur les hublots nous découvrons avec émerveillement les nombreux ilots qui émergent à peine d’une mer turquoise. Le découpage des côtes est parfaitement net et nous distinguons jusqu’aux dunes sous-marines qui semblent danser sous l’océan. Nous nous posons à Miami en avance mais devons patienter jusqu’à ce la place se libère. Une petite heure de transit et nous repartons vers Washington où nous nous posons à l’heure à l’aéroport Ronald Reagan après un survol à basse altitude des monuments de la capitale fédérale, qui n’est qu’à sept kilomètres des pistes. Nous admettons avec satisfaction que la compagnie américaine à l’origine de tant de tracas au cours des précédents voyages a fait de gros progrès. Nous reconsidérons notre jugement vingt minutes plus tard quand nous constatons, comme une vingtaine d’autres passagers, que nos valises ne nous ont pas suivis. Après dix bonnes minutes de queue, nous obtenons un « kit de survie », un numéro de référence et un numéro de téléphone à appeler pour avoir des nouvelles, peut-être, demain. Nous sautons dans un taxi qui nous emmène à l’hôtel, non sans nous facturer la prise en charge de nos valises-cabine…

 

 

Mardi 5

 

Bien qu’étant passés devant à notre arrivée, nous peinons à retrouver la salle de restaurant pour le petit déjeuner : nous empruntons le même chemin qu’hier soir, mais au bout du couloir, plus de restaurant mais une porte donnant sur un escalier. Nous nous demandons si nous sommes devenus fous, certains d’avoir suivi ce même couloir, de n’être ni montés ni descendus. Nous finissons par retourner au lobby demander notre chemin. Apparemment habitué, le réceptionniste amusé nous explique que l’hôtel possède une entrée dans E Street, une autre dans F Street, deux entrées, deux lobbys parfaitement identiques. Nous étions juste arrivés par l’autre côté. Rassurés sur notre santé mentale, nous prenons un petit déjeuner copieux avant de téléphoner à la compagnie : les valises sont arrivées à Washington, mais elles ne seront livrées que dans six heures environ. Or, nous sommes très légèrement vêtus et dehors le temps est à la pluie avec une quinzaine de degrés au maximum. Notre journée touristique s’annonce mal, elle s’annonce mall, solution de repli envisagée compte tenu des circonstances. Au moment de quitter l’hôtel, on nous annonce que les valises viennent finalement d’être livrées. Yes ! Nous nous changeons donc et c’est chaudement vêtus et armés de parapluies que nous prenons un taxi pour le cimetière d’Arlington, bien que le chauffeur soit un Sikh enturbanné, façon Taj Mahal. L’endroit m’impressionne tout autant que l’an passé avec les 320 000 tombes de vétérans et de leurs familles, celle du Président Kennedy, de son épouse et de deux enfants (dont un qui n’a pas vécu), plus loin de son frère Bob. Nous assistons à la relève de la garde de la tombe du soldat inconnu, visitons un mini musée qui retrace l’histoire des soldats inconnus de chaque guerre (mondiales – Corée – Vietnam) puis nous nous arrêtons quelques instants devant les stèles qui rendent hommage aux astronautes des navettes Challenger et Columbia ainsi qu’aux victimes de la prise d’otages à l’Ambassade américaine de Téhéran en 1979. Nous assistons enfin à l’arrivée d’un corbillard tiré par six chevaux montés par des gardes en grand uniforme et suivi d’un bus dans lequel la famille du soldat défunt a pris place. Peut-être un triste retour d’Irak. Tout au long de la visite, la pluie menace, mais choisit de nous épargner. Nous reprenons un taxi – un sosie de Saddam Hussein cette fois, qui pendant tout le trajet s’exprime en arabe dans son téléphone – pour rejoindre l’Ambassade de France à Georgetown où nous attendent trois collègues. Nous déjeunons avec eux avant de repartir braver les intempéries. Le ciel continue de s’obscurcir tandis que nous découvrons les splendides maisons et boutiques de Wisconsin Avenue, puis de M Street. Je propose à ma collègue de continuer sur Pennsylvania : au bout, la Maison Blanche. A mi-chemin, hélas, les premières gouttes se mettent sans surprise à tomber. L’averse ne faiblit pas bien au contraire, si bien que c’est sous une pluie battante que nous photographierons la résidence présidentielle. Vingt secondes plus tard, nous sommes gentiment mais fermement chassés par un policier. Nous rejoignons donc l’hôtel, heureusement très proche, bien abrités sous nos parapluies. Nous croisons une femme qui a choisi de revêtir son chapeau pardessus sa capuche. Original !

Le soir, tandis que nous prenons l’apéritif au bar de l’hôtel, un des participants à la conférence, que nous connaissons, arrive pour diner, accompagné d’une charmante jeune femme qu’il nous présente : elle fait partie de la délégation argentine et parle français. Nous les laissons tranquilles… et partons diner dans un restaurant thaï où je me régale avec un excellent green curry accompagné de fruits de mer.

 

 

Mercredi 6

 

Les conférences se suivent et se ressemblent, pas les cantines : celle de la Banque Mondiale est digne de bien des restaurants, tant en qualité qu’en variété. Nous optons pour une salade composée (facturée au poids) et des sushis. De quoi affronter une après-midi qui s’avère plus intéressante que la matinée, heureusement. Après la séance, la délégation chilienne offre un cocktail mais nous n’avons aucun appétit. Nous buvons un verre par politesse et nous empressons de partir pour profiter de la fin de journée. Malheureusement, le ciel bleu se voile au moment même où nous sortons et la pluie se met à tomber avant que nous rejoignions l’hôtel. En chemin, nous croisons de nombreux américains en T-shirt, en short, en tongs. Moins téméraires, nous renonçons à ressortir. Le soir, j’assiste au bar à la retransmission télévisée d’une compétition de bowling : impressionnant ! Puis, nous retournons au restaurant thaï où cette fois je découvre les saveurs d’une soupe « tom yum » et de brochettes de poulet avec une sauce satay à base de cacahuètes. La pluie a redoublé quand nous regagnons l’hôtel, ce qui n’empêche pas les nombreux joggeurs de s’adonner à leur séance nocturne.

 

 

Jeudi 7

 

La conférence est intéressante et nous y passons un bon moment, moins bon toutefois qu’à la cantine où nous craquons à nouveau pour la salade au tofu, les makis et les sashimis. Cette fois, il ne pleut pas et, en fin d’après-midi, nous repassons par la toute proche Maison-Blanche. Un convoi officiel se présente toute sirènes hurlantes avec aux fenêtres du second véhicule des gardes du corps aux aguets, armés jusqu’aux dents. Peut-être était-ce Lui ! Nous marchons ensuite jusqu’au au siège de l’organisation qui nous invite, où un cocktail nous attend ce soir encore : une vieille bâtisse avec un magnifique patio très arboré. Un des arbres y a été planté en 1810 par le Président des Etats-Unis. Malheureusement, ou heureusement, le cocktail est retardé et nous partons avant même qu’il ne débute car nous devons retrouver nos collègues de l’ambassade pour aller au restaurant. La pluie se remet à tomber, les parapluies reprennent du service.

Nous nous retrouvons à l’hôtel à l’heure convenue – la collègue argentine, Marta, est également de la partie – et nous rendons dans la 14ème rue dans un restaurant-librairie, « Busboys and Poets » où beaucoup de jeunes de toutes origines se cultivent, se réunissent ou se restaurent dans une ambiance bruyante mais très décontractée. Nous mangeons les traditionnels hamburgers américains (viande d’Angus toutefois) et de très copieuses salades. En l’honneur de notre hôte étrangère, je propose d’accompagner nos plats d’un malbec de Mendoza : il y en a justement à la carte qui ne propose pourtant que cinq vins ! Le repas est émaillé de nombreux fous-rires mais nous sommes tous incapables de nous souvenir de ce qui les a provoqués. Bref, nous passons une mémorable soirée.

 

 

Vendredi 8

 

Le 8 mai n’étant pas férié aux Etats-Unis, nous entamons la dernière journée de conférence qui se termine aux alentours de 13H. Avant de passer nous changer à l’hôtel, nous mangeons de nouveau à la Banque Mondiale, de nouveau des sushis, de nouveau de la salade. Cette fois, enfin, le soleil est au rendez-vous. Nous proposons à Marta de nous accompagner pour cet après-midi touristique : nous marchons jusqu’au Lincoln Memorial, nous faisons un crochet par le mémorial de la guerre de Corée puis par celui de la guerre du Vietnam. Comme l’an passé, l’émotion est au rendez-vous,  malgré la foule très nombreuse. Une femme âgée est en larmes devant le mur, elle pleure probablement un fils qui s’est sacrifié pour son pays. Parmi les nombreux messages attachés à de petits drapeaux américains laissés par des proches au pied du monument, je déchiffre «  Merci d’avoir combattu pour notre pays, tu m’as rendu très fier. Tu es un héros » ou encore « Nous ne t’oublierons jamais ». Les nuages envahissent le ciel quand nous prenons un taxi pour le Pentagon City Mall, ces dames voulant faire un peu de shopping. Le taxi traverse le Potomac une première fois, une seconde avant que nous tombions dans un bouchon. Le chauffeur nous annonce qu’il va contourner le problème… et traverse une troisième fois le fleuve ! Le prix de la course restant raisonnable, nous ne disons rien malgré notre scepticisme. Le centre commercial est très clair, très spacieux, très aéré et nous ne sentons pas enfermés, malgré la foule. Il y en a pour tous les goûts et, à la grande joie de mes expertes es mall, il y a même une boutique Victoria’s secret, qui parait-il – mais je les crois – n’existe pas en France. Génial ! Deux heures plus tard, ma collègue décide de se faire faire les ongles. Ca ne fait jamais que trois fois qu’on me fait le coup ! Marta et moi descendons donc prendre un pot en l’attendant et, une heure plus tard, de retourner dans une boutique où elle a repéré quelques vêtements. Ne parlant pas anglais, elle s’adresse au vendeur en espagnol, langue qu’il comprend parfaitement, tandis que je participe à leur conversation en anglais, précisant que je parle très peu espagnol. Le vendeur nous interroge alors : « Vous faites comment pour communiquer ? » « On se débrouille ! » lui répond-elle en me lançant un sourire complice, oubliant volontairement de préciser que nous parlons tous deux français. Il est vrai que pendant les essayages, elle me demandant mon avis, moi la complimentant, nous avions tout à fait l’air d’un couple !

Nous prenons le métro pour rentrer et ne sommes de retour à l’hôtel qu’à 20h. Le bar se transforme vite en tour de Babel : les serveurs, colombiens, s’expriment en espagnol, nous en français, un client bolivien… en anglais ! J’essaie de parler avec tout le monde et du coup je mélange les trois langues, m’adressant à Marta en anglais, à la serveuse en français… La conversation s’éternise et il est trop tard pour manger quand nous décidons enfin de passer à table. Qu’à cela ne tienne, nous retournons au restaurant thaï . On ne change pas une équipe qui gagne !

 

 

Samedi 9

 

Nous nous levons au beau milieu de la nuit car nous avons une petite heure de taxi pour nous rendre à l’aéroport de Baltimore et notre avion est à 8H15. Nous préférons prendre une bonne marge car nous connaissons les files d’attente aux comptoirs de notre compagnie « fétiche » dans les aéroports américains. A notre grande surprise il n’y a personne à notre arrivée. Une employée très souriante, devant notre hésitation, imprime pour nous les boarding pass à la borne automatique. Une minute plus tard, nous voilà débarrassés de nos bagages, le coupon en main, avec deux bonnes heures devant nous ! Nous prenons donc tout notre temps pour déjeuner. Au moment d’embarquer, ma collègue prie pour que la passagère qui avance devant nous ne soit pas sa voisine : 150 kg au bas mot. Et ce qui devait arriver arriva ! Heureusement, nous sommes au niveau de la sortie de secours et les accoudoirs y sont pleins : impossible pour elle de laisser sa graisse se répandre sous ceux-ci. Compréhensif, le steward lui propose un siège devant, au grand soulagement de ma collègue. Pour des raisons de sécurité, il nous demande ensuite si nous pouvons comprendre les éventuelles consignes d’évacuation. « Yes we can ! », lui réponds-je, ce qui l’amuse beaucoup. Une fois encore, l’avion se pose en avance à San Juan, une fois encore nous devrons attendre que la place se libère. Même sur les aéroports il devient difficile de trouver une place pour se garer ! Notre confiance en cette compagnie étant pour le moins limitée, bien que nous avions l’assurance que nos valises suivraient directement jusqu’à Fort de France, nous passons par le tapis bagages en espérant qu’ils n’arriveront pas. Le monde à l’envers en somme. Et ils n’arrivent pas ! Nous avons six longues heures à patienter que nous passons à manger, lire et écouter de la musique. En salle d’embarquement, nous voyons arrivée la Martiniquaise de lundi… seule ! Celle-ci étant peu discrète, nous apprenons qu’elle s’est mariée début mars. Et aucune trace de son mari ! Peut-être l’a-t-elle étranglé ou empoisonné, peut-être gît-il dans un marais américain… Le dernier vol part à l’heure et nous nous posons avec vingt minutes d’avance. Cette fois nous sommes réconciliés avec cette compagnie ! C’eut été trop beau : ma valise a été contrôlée par les services américains qui ont détruit la serrure. Et comme c’est un problème de serrure, la compagnie ne prend pas les dégâts en charge. Réconciliation de courte durée.

 

 

Ce deuxième voyage à Washington fut à la hauteur du précédent. Du rire, de l’émotion, du tourisme, des rencontres… mais du travail aussi, c’est quand même pour ça que j’ai fait le déplacement, ne l’oublions pas !

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Dernière mise à jour de cette page le 14/05/2009

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