Nous sommes déjà en salle d’embarquement, avec ma collègue, quand nous nous apercevons que l’hôtesse, à l’enregistrement, a inversé nos boarding pass : nous avons donc franchi la PAF et le contrôle de sûreté avec un mauvais coupon, les terroristes probablement aussi. Nous faisons une première escale d’une heure en Guadeloupe, puis reprenons notre route vers la République Dominicaine. Alors que nous passons à proximité de Montserrat, le pilote vire à droite pour nous montrer la Soufrière, volcan en éruption depuis le 18 juillet 1995 et qui a détruit l’île en grande partie. Sa dernière grosse colère ne date d’ailleurs que du 30 décembre dernier. Puis il vire à gauche en disant « voilà, on va maintenant reprendre notre route vers Santo Domingo ». Merci ! Le soir, nous prenons l’apéro dans le patio du magnifique hôtel SOFITEL, juste en face de l’Ambassade de France, avant d’aller manger en face de « l’Alcazar a Colon », la maison de Christophe Colomb. Nous rentrons de bonne heure car l’avion décolle tôt demain matin, et donc nous aussi.
Dimanche 8
Nous nous levons à 4H30 et arrivons ainsi à l’heure pour un vol sans souci jusqu’à Panama puis Mexico. Nous sommes toutefois un peu secoués mais profitons d’un temps clair qui nous permet de découvrir les lacs, les montagnes et les nombreux volcans d’Amérique Centrale. Le clou du spectacle, c’est le survol du Popocatépetl et de la magnifique colonne de fumée crachée par son large cratère. Ce volcan qui culmine a 5426 mètres (deuxième montagne la plus haute du pays) et dont le nom signifie « la montagne qui fume » n’est qu’à soixante dix kilomètres de Mexico est en activité permanente et donc sous étroite surveillance. Le risque le plus important, si l'activité augmente, c’est la fusion du glacier présent au sommet qui peut engendrer des coulées boueuses susceptibles d’atteindre en quelques heures les villes situées aux abords du volcan. Je vous livre ici des extraits de dépêches du centre de surveillance CENAPRED :
Dépêche du 23 janvier 2009 :
Le Popocatépetl a émis hier, vers 21h55 (heure locale), une exhalaison relativement intense. Cette dernière a produit un panache essentiellement gazeux haut de 2000m.
Dépêche du 07 février 2009
Le dégazage est toujours régulièrement entrecoupé par des libérations de gaz un peu plus soudaines: les exhalaisons. Hier, celle qui s'est produite à 08h36 (heure locale) a été suivie de près par l'émission d'un petit panache de cendres. L'événement a été accompagné par un trémor de haute fréquence d'une durée de 75 minutes. Puis tous les paramètres sont revenus à la normale.
Dépêche du 8 février 2009- 11H
Quinze exhalations de vapeur, de gaz, de cendres et d’eau ont été observées ces dernières 24 heures. Pour les prochains jours et semaines, nous prévoyons quelques émissions de cendres et occasionnellement de lave incandescente dans le cratère, observables de nuit, et des explosions sporadiques de niveau bas à modéré avec émission de fragments incandescents.
Niveau de vigilante jaune phase 2 maintenu (les populations doivent se tenir informées)
Nous atterrissons quelques minutes plus tard après un survol de la capitale. Cette ville tentaculaire s’étend sur une quarantaine de kilomètres du nord au sud et d’est en ouest. Située à 2250 mètres d’altitude, dans une cuvette, elle est entourée de montagnes culminant à plus de 5000 mètres. Elle compte environ 22 millions d’habitants, ce qui en fait la troisième mégapole du monde après Tokyo et New-York. L’épais nuage de pollution est parfaitement, spectaculairement visible. Mexico, ce sont plus de quatre millions de véhicules, 1,5 % des gaz à effet de serre émis dans le monde, et environ quatre mille décès par an imputés à la pollution…
Après une longue attente à l’immigration, nous rejoignons notre collègue en poste sur place qui nous amène tant bien que mal, à cause des travaux et déviations, à l’Ambassade de France où nous seront logés cette semaine. En effet, de nombreux chantiers sont en cours sur le « circuito interior » et notre collègue, récemment affecté, se perd dans les ruelles souvent en sens unique. Nous en profitons pour découvrir certains quartiers pauvres de Mexico. L’Ambassade est elle située dans le quartier de Polanco, près du Paseo de la Reforma, la plus belle avenue de la ville, une sorte de Champs-Elysées. Il nous invite à diner chez lui et nous dégustons un cocktail à base de Tequila et de soda, le « vampire », ainsi que d’excellents fajitas maison. Ma collègue étant grippée, il est encore tôt quand nous prenons congés.
Lundi 9
Nous arrivons vers 9H30 à la « Procuraduria General de la Republica » où se déroule le stage. La sécurité y est draconienne : nous sommes photographiés, laissons l’emprunte de notre index gauche, un spécimen de signature et nous devrons même laisser les numéros de série de nos ordinateurs. Nous travaillons en journée continue ce qui présente l’avantage de terminer tôt. En revanche, pas habitués à ce rythme, nous avons très faim en sortant à 15H30 ! Nous nous vengeons donc sur un excellent « bife de lomo », entrecôte argentine, arrosé d’un verre d’un excellent Malbec argentin lui aussi. Nous consacrons la fin d’après midi aux derniers préparatifs de la journée de demain.
Le soir, faute d’appétit, nous nous contentons logiquement d’un repas léger (dorade sauce safranée quand même) au « Pastaga », un restaurant tenu par des français. Je goûte la tequila locale, servi avec un verre de « sang », un jus de tomate avec du poulet et du piment. J’en demande donc un autre, nature, pour pouvoir le boire car ici tout est « un peu » piquant, jamais très piquant…
Mardi 10
La seconde journée ressemble à la première : nous changeons juste de restaurant le midi, enfin l’après-midi. Le quartier, au nord du parc Lincoln, est très vivant et fourmille de petits restaurants en tout genre, portugais ou japonais, plusieurs français. Bien que différente et plus calme, l’ambiance rappelle la zone T de Bogota. Je retourne ensuite travailler dans ma chambre tandis que ma collègue profite de ce moment de temps libre… pour aller chez le coiffeur ! Alors que nous avions prévus de nous retrouver pour manger en soirée, je reçois un appel vers 18 heures. Nous sommes invités à une réception chez la consule générale à l’occasion de la présence de deux sénateurs représentant les français à l’étranger. Nous y dégustons un excellent vin et d’excellents canapés, en compagnie de gens sympathiques. Je ne suis pas friand de ce genre de réception, mais j’avoue que nous passons une agréable soirée.
Mercredi 11
La journée commence par une grosse frayeur : mon ordinateur refuse catégoriquement de s’allumer. Après plusieurs tentatives et une bonne heure d’angoisse et de stress, il finit heureusement par capituler et se met enfin au travail. Le stage se termine vers 15h par une cérémonie de clôture, en présence des plus hautes autorités judiciaires du Mexique, pendant laquelle je réédite mon désormais célèbre sketch du discours en espagnol. L’après-midi, nous partons en promenade avec notre interprète Rosie qui nous emmène dans la Zone Rose : un quartier moderne avec des galeries commerciales, des rues piétonnes et une foule assez nombreuse. La faim commençant à titiller les estomacs, notre guide nous emmène dans un restaurant dont l’originalité est d’être également une librairie. Elle s’étonne que nous en connaissions à la fois le nom, El Pendulo, et le principe, mais c’est justement dans le même établissement, à Polanco, que nous avions mangé la veille ! Sachant que nous avons prévu un repas avec nos collègues le soir, nous décidons de nous contenter d’un sandwich. Mais nous n’avons pas prévu que ces sandwiches soient aussi copieux, ni que Rosie, à notre insu, commande quelques spécialités en entrée pour nous faire découvrir la gastronomie locale. C’est ainsi que nous dégustons des quesalidas (tortillas au fromage et au guacamole) des tlacoyos (galettes de maïs bleu) et des sopes (à base également de maïs et d’haricots rouges). Nous sortons donc repus du Pendulo et nous dirigeons ensuite vers un marché artisanal où l’on trouve des objets très divers, des vêtements et des bijoux, principalement en argent. Nous reprenons ensuite la voiture et nous dirigeons vers le centre historique et ses rues bordées de boutiques et de maisons aux très jolies façades. Nous passons devant l’opéra, Place des Beaux-arts, un édifice qui comme beaucoup d’autres s’enfonce. Il a en effet été bâti sur les vestiges de la ville aztèque de Tenochtitlan, entièrement détruite au XVIème siècle par les Espagnols, elle-même construite sur le lac Texcoco. Nous arrivons ensuite sur la Place de la Constitution, appelée le « Zocalo » (socle) car il avait été décidé d’y ériger une statue qui n’a jamais vu le jour. C’est une des plus grande places du monde. On peut y admirer le Palais National, ou Palais du Président car il y vivait auparavant. Peu avant minuit, le 15 septembre, veille de fête nationale, celui-ci sonne une cloche et crie du balcon «Vive Mexico ! Vive les héros de la révolution ! Vive la vierge de Guadalupe ! Vive la démocratie !» comme l’avait fait avant lui Miguel hidalgo, un prêtre considéré comme le père de l’indépendance dans son pays. Il ne crie cependant plus « Mort aux Espagnols » ce qu’on peut comprendre aisément. Sur le Zocalo, on peut également découvrir la Cathédrale Métropolitaine, la plus grande d’Amérique, dont les plans de construction ont été inversés avec celle de Lima, au Pérou. Malheureusement, la nuit tombe et je ne peux pas faire de photos. En revanche, nous avons la chance extraordinaire que le trafic soit si peu dense à cette heure que nous pouvons nous arrêter pour admirer les façades illuminées. Une heure plus tard, nous retrouvons comme convenu nos collègues. Nous dinons dans un restaurant basque espagnol, « Denominacion de origen » et les sandwiches n’étant pas digérés, nous contentons d’un carpaccio de thon et d’un sorbet au citron et champagne espagnol, suivi d’une vieille tequila, ma foi délicieuse, ce qui n’est déjà pas mal !
Jeudi 12
Ma collègue a pris l’avion très tôt. Son transfert à l’aéroport sous escorte policière – il n’est pas prudent pour une femme seule de prendre un taxi à Mexico en pleine nuit - s’est logiquement bien passé. Je passe une partie de la matinée avec mes collègues à l’Ambassade puis réponds à de nombreux mails depuis ma chambre. Puis, Rosie passe me prendre et m’emmène cette fois dans le sud de la ville. Après une bonne demi-heure de route, nous arrivons dans le vieux quartier de Coyoacan, un ilot de tranquillité avec des parcs arborés et de magnifiques églises, en particulier l’église Saint Jean-Baptiste dont le plafond est entièrement peint de fresques. C’est le quartier ou se réunissent les intellectuels de Mexico. C’est là aussi qu’est née et qu’a vécu Frida Kahlo. Nous prenons l’apéritif dans un bar de la Place Sainte-Catherine, sur une terrasse située au deuxième étage d’une vieille maison. La sensation de calme offre un contraste saisissant avec la ville et nous en profitons au maximum. On a même l’impression de respirer de l’air pur ! Nous reprenons ensuite la voiture, direction la Zona Rosa. Malheureusement nous sommes pris dans le trafic et nous mettrons deux heures pour rejoindre le restaurant. Cette fois j’ai ressenti une véritable sensation d’asphyxie. La majorité des conducteurs pris dans les bouchons sont des gens qui rentrent du travail. Et c’est ainsi tous les matins et tous les soirs, malgré une inversion des sens de circulation comme à Santiago. Je choisis une « arrachera » (viande de bœuf) que je déguste en regardant un spectacle de Mariachis avec danseurs et danseuses. Typiquement mexicain !
Vendredi 13
Après avoir travaillé une bonne heure, je quitte ma chambre à 9H30 pour me rendre au Musée anthropologique, réputé comme étant un des plus beaux sinon le plus beau du monde. Il abrite sur 400 000 m2 une importante collection de trésors précolombiens inestimables provenant de sites archéologiques répartis à travers tout le Mexique : stèle, masques, tombes, costumes, outils, vêtements, poterie et j’en passe, ainsi que le fameux calendrier aztèque en pierre. Les appareils photo sont autorisés (sans flash) ce qui est un plus incontestable. Après deux bonnes heures de visite, je traverse le Paséo de la Reforma et revient à travers l’immense parc de Chapultepec. Je contourne le lac, longe le zoo et la zone militaire à l’intérieur de laquelle se situe le nouveau palais présidentiel, avant d’arriver devant l’Auditorio National où sont donnés de multiples concerts chaque année. Je rejoins l’avenue et je découvre deux bus remarquables : l’un est réservé aux femmes, l’autre est peint aux couleurs de Richard Claydermann, avec son portrait, l’adresse de son site etc. La pollution est si importante qu’on ne ressent pas l’altitude. En revanche, les yeux piquent et la gorge brûle. Pourtant, les coureurs sont nombreux dans les rues ! En début d’après-midi je rejoins mes collègues « locaux » et nous nous rendons à Polanco pour manger un morceau. Nous restons deux bonnes heures en terrasse à discuter puis je les quitte pour préparer ma valise car j’ai rendez-vous à 18H30 avec Rosario. Le trafic étant plus intense encore que d’habitude car c’est vendredi, veille de Saint-Valentin et jour de paie, nous choisissons de rester à Polanco. Inutile de tenter le diable un vendredi 13. Nous mangeons à El Pendulo, seul restaurant où il n’y a pas la queue pour entrer et rentrons de bonne heure, car je dois me lever à 3h pour prendre mon taxi, puis mon avion à 6h. Pour être sûr d’entendre le réveil, je le règle sur trois heures différentes, à dix minutes d’intervalle.
Samedi 14
Bizarrement, je suis réveillé avant que le réveil ne fasse son office. Je vérifie l’heure : 2H35 : ça ne vaut pas la peine de se rendormir. Je me lève donc et prends tout mon temps. Je suis dans la rue en avance, et j’attends le taxi, calmement. Celui-ci se présente à l’heure et me dépose une vingtaine de minutes plus tard au terminal 2 de l’aéroport. Ensuite, tout se déroule pour le mieux, de Mexico à Panama, de Panama à Santo Domingo, enfin de Santo Domingo à Fort de France où, une fois n’est pas coutume, l’avion se pose avec dix minutes d’avance à 20h05. Mais c’eût été trop simple. A ma grande surprise, je découvre une salle d’arrivée bondée. Les passagers du vol d’Orly de 18h40 sont encore tous présents : une valise ayant abandonnée à l’enregistrement, un périmètre de sécurité a donc été mis en place. Renseignements pris, j’apprends que les « parisiens » sont déjà là depuis une heure, mais cependant, ils attendent calmement. Je m’étonne qu’en pareil circonstance l’aéroport ne soit pas évacué, par l’arrière par exemple, et que les passagers des différents vols s’entassent voire s’empilent dans une salle qui c’est sûr ne pourra pas accueillir le deuxième vol d’Orly, à 21H40. A 21H00, les démineurs ne sont toujours pas arrivés. Peut-être arriveront-ils d’Orly ? Non, heureusement, et nous sommes libérés à 21H20. Je peux enfin poser le pied sur une île paralysée par la grève générale depuis dix jours. D’autres aventures m’attendent.
Une fois de plus, un voyage qui se limitera à une courte visite de la capitale. J’ai toutefois eu le temps de prendre conscience, malgré des attraits indéniables que Mexico est une ville infernale qui étouffe sous le joug d’une population trop nombreuse, de la pollution gravissime qui la couvre d’une épaisse chape de smog et d’une insécurité réelle malgré la tranquillité de certains quartiers privilégiés. Ici la vie n’a que peu de prix, il ne faut en aucun cas la risquer en sortant des sentiers battus.