JOURNAL DE BORD - GUYANE -ST NICOLAS 2006

SAINT-NICOLAS EN GUYANE
DECEMBRE 2006
LUNDI 4 DECEMBRE
le voyage en Guyane – professionnel est-il besoin de le préciser – ne s’annonçait guère de manière optimiste : à peine sorti de chez moi je cassai ma chaussure droite avant de me jeter dans les bras accueillants d’un bouchon comme seule la rocade de Fort de France sait en inventer. Heureusement, j’avais pris une marge et en fus quitte pour un bon coup de stress. Stress tout à fait inutile puisque au moment où j’arrivai enfin à l’aéroport, l’avion n’avait toujours pas décollé de Pointe à Pitre…

C’est donc avec une heure trente de retard que pendant quinze minutes environ, avant l’atterrissage à Rochambeau, j’ai eu l’immense bonheur de survoler la forêt amazonienne dont la densité ne laisse cours qu’à des fleuves qui ont la bonne idée d’être rouges, offrant ainsi à mes yeux émerveillés un spectacle absolument grandiose.:63:
La réalité me rattrapa très vite quand le loueur de voiture m’annonça que finalement il ne disposait pas de la voiture que nous avions réservée. :52:Idem quand un moustique me souhaita la bienvenue histoire de me rappeler que la Guyane était le pays des espaces, de l’espace et de cette espèce de saloperie de bestiole… Mais il (elle) fut le seul du séjour !

A cause du retard pris dans l’avion, il fut vite 16h et c’est dans la galerie marchande de Cora que nous avons enfin trouvé de quoi nous sustenter, en clair, deux friands bien gras, bien gras, bien gras. La grève EDF privait la plupart des commerces de courant et cette galerie semblait en grande partie fermée, ce qui lui donnait un air tout à fait insolite.:6:
Le soir, à l’hôtel, nous avons oublié ces petits désagréments en nous régalant d’un filet de loubine –cousin du bar – sauce crème de piment, accompagné d’un sublime gratin de patates douces.Ca va tout de suite mieux !:33:
MARDI 5
La matinée était chargée car il me fallait trouver des dépliants à insérer dans la pochette d’accueil des participants au séminaire. En rupture de stock, l’office du tourisme m’envoya directement chez l’imprimeur qui était absent car il ne venait qu’aux heures où l’EDF daignait rallumer. Bref, d’ouest en est, puis d’est en ouest, sous une chaleur accablante et un taux d’humidité à faire pâlir d’effroi la plus perfectionnée des pampers, j’ai traversé et donc découvert le centre de Cayenne qui, ma foi, est très intéressant : Les rues sont peu fréquentées mais affichent quand même une animation le long de nombreuses boutiques. La place des Palmistes à elle seule vaut le détour tandis que certaines maisons délabrées confirment qu’on se trouve en Amérique du Sud bien davantage qu’en France.:21:
Le reste de la journée fut consacré à organiser et réorganiser les navettes pour accueillir les participants à l’aéroport ainsi qu’à trouver un groupe électrogène pour que nos travaux puissent avoir lieu avec un matériel minimum. Que faire d’un projecteur d’un micro, d’un ventilateur, d’une clef USB et même d’un téléphone portable sans électricité ????:6::6::6:
Nous avons de surcroît appris que le mouvement devait s’intensifier et que des coupures d’eau aller compléter le dispositif antisocial de nos amis syndicalistes. Bref, douche à prévoir avant 7h et ensuite black-out jusqu’à 11H, puis de 14 à 17H. Bienvenue dans les DOM !!!!:62:
Enfin, dernière navette à 19H05, mais bien sûr l’avion martiniquais avait du retard. Pendant ce temps là, les premiers arrivés prenaient l’apéro… Je me suis donc vengé sur le délicieux cheviche que Bruno nous avait concocté. Match nul.

MERCREDI 6
Saint-Nicolas ! Mais tout le monde s’en fout ici…:58:
Toujours la grève…. Heureusement, pas de problème avec l’eau. En revanche, toujours autant de coupures de courant, pas d’Internet – donc pas de mails – et très peu de réseau pour le téléphone. Tout se passe bien quand même et la première journée du séminaire est un incontestable succès. Nous avons terminé suffisamment tôt pour passer une heure dans le centre de Cayenne et y faire quelques achats. Le contraste entre cette ville très typique et les illuminations de Noël est saisissant !
Un petit crochet vers l’est, et me voilà à la Pointe Saint-Joseph qui domine l’anse de l’Hôpital et l’océan. La mer est d’un rouge sombre dû aux nombreux alluvions et aux hauts fonds d’un plateau continental très large. Cette couleur étrange ne donne vraiment pas envie de se baigner, pas plus d’ailleurs que la présence courante de nombreux requins.

JEUDI 7
En progrès ! EDF n’a ce matin coupé le courant qu’à 8H25. :9:Puis une fois rétabli vers 11h, il ne fut pas coupé l’après-midi ce qui m’a enfin permis d’aller prendre de vos nouvelles sur internet. :9:Mais cette journée, très studieuse par ailleurs, aura surtout été marquée par la pluie. Les nuages nous ont montré de quoi ils étaient capables ici, où sont probablement nées des expressions comme « cordes », « hallebardes », « trombes d’eau », « à seaux », « vache qui pisse » et j’en passe. Ces averses ont nettement rafraîchi l’atmosphère et la journée fut donc finalement très agréable.
Ce soir nous sommes tous invités à la résidence du Préfet : une magnifique maison en bordure de mer avec des palmiers qui ombragent un grand jardin évidemment agrémenté d’une piscine. Nous y sommes accueillis par un crapaud géant

étonné mais fier, escorté par Monsieur le Préfet et son épouse(du Préfet, pas du crapaud). Champagne !
Après les excellents repas de la veille dont une excellente entrecôte au roquefort, nous avons aujourd’hui encore dégusté du poisson à la créole le midi et le soir des crevettes flambées à un je ne sais quoi tout à fait délicieux. Le blanc-mangé coco final sera si j’ose dire, la cerise sur le gâteau.

Bien entendu, ces repas étaient précédés de la traditionnelle kaipirina, cocktail local (brésilien en principe) à base de citron, de glace pillée et de rhum évidemment, le tout agrémenté d’une délicate touche de vanille.

VENDREDI 8
Dernier jour de débats, toujours sous la pluie. Des débats fructueux mais qui doivent être écourtés, car avec l’assentiment général nous devons embarquer vers quinze heures pour nous rendre au pas de tir. En effet, deuxième cerise sur le gâteau de la semaine, notre séminaire se termine en apothéose par un lancement au Centre Spatial Guyanais de Kourou.
Arrivés au point de rendez-vous, nous validons nos invitations et gagnons les bus qui nous emmènent sur le site « agami », à 7,5 km du pas de tir. Malheureusement la clim du bus est hyper bruyante et nous devons nous résoudre à la faire couper…Nous arrivons à Agami où nous respirons enfin, jusqu’à ce que la sono -comme d’habitude avec les sonos - nous agresse littéralement en guise de bienvenue. Très vite, nous suivons le compte à rebours sur écran géant. Nous apprenons avec stupéfaction que la fusée fait le plein de carburant pendant les sept dernières minutes ! En cas d’interruption, le compte à rebours s’arrête et si l’incident est mineur, celui-ci reprend à 7 minutes. Fenêtre de tir :19H08 / 19H54.
La dernière minute est longue. Enfin, à 19H08 précises, nous entendons l’ordre « allumage Vulcain » : le ciel s’illumine alors d’un rose flamboyant. C’est grandiose. Malheureusement, le plafond est bas et la fusée disparaît très vite dans les nuages. Quelques secondes plus tard, le bruit phénoménal de l’explosion nous parvient. C’est tout simplement géant !:29::29::29::29::29:
Quelques minutes plus tard, nous suivons Ariane V (V174 pour être précis) qui survole déjà la Guinée puis très vite la corne de l’Afrique. Les deux satellites AMC 18 et WILDBLUE 1 sont mis en orbite sans problème. Une image cocasse : la réjouissance des techniciens de la société du premier satellite pendant que ceux de la seconde sont encore très crispés…

Après ce moment inoubliable, nous avons cette fois dû endurer au retour le bruit infernal de la clim:35:. Heureusement, j’avais mis de la musique et Camel et Marillion s’efforçaient de couvrir ce tintamarre (Ice, Never let go, Quartz, Straight to my heart, Lies, Rose of Sharon…).
Heureusement aussi, une kaipirina nous attendait à l’hôtel, ainsi qu’un magnifique buffet froid, avec notamment des terrines de poissons étonnantes.:4:
SAMEDI 9
Le séminaire est terminé, mais je reste pour accompagner ceux qui ont choisi de faire un peu de tourisme avant de regagner la métropole et les Antilles. J’ai le sens du sacrifice ! Nous partons à 7H vers Kourou pour prendre le bateau vers les Iles du Salut. Il fait gris et la pluie nous tiendra compagnie toute la journée.

Ces îles, situées à 10 nautiques à l’est de Kourou furent ainsi baptisées par les survivants de « l’expédition de Kourou » en 1763, à l’époque de la colonisation. Auparavant, elles s’appelaient Iles du Triangle, car les trois îles forment un triangle équilatéral. Etonnant non ? C’est sur l’île principale, Ile Royale, que sera érigé le bagne, dont le quartier disciplinaire sera lui au sud sur l’Ile Saint-Joseph. Au Nord, nous trouvons l’Ile du Diable car sans cesse battue par la houle de l’Atlantique. C’est là que séjourna le capitaine Dreyfus.
Nous apprenons par le guide que les conditions de vie des bagnards s’apparentaient à celles des déportés de la seconde guerre mondiale : travaux forcés, hygiène déplorable, vermine, moustiques, règlements de comptes, sévices sexuels… Une horreur ! :10:Ici, même les bagnards égorgés par leurs « confrères » mouraient officiellement d’arrêt du cœur. Nous longeons la case de Seznec, admirons les peintures de François Lagrange (qui signait F LAG), passons dans le cimetière des enfants et rencontrons au passage des caïmans, des agoutis et des aras. Nous visitons ensuite les cellules exiguës de la porte desquelles les bagnards passaient juste la tête, une fois toutes les trois semaines, pour se faire raser. Bien sûr, il y eut pas mal de tentatives d’évasion, ce qui ne fut pas pour déplaire aux requins qui se nourrissaient habituellement des corps jetés à la mer des bagnards morts épuisés, de maladies ou victimes d’ « arrêts cardiaques ».:61:
Finalement, la pluie donnait une atmosphère appropriée à cette visite, qui sous un soleil équatorial aurait sans nul doute perdu de son authenticité.
Mais nous n’en avons pas perdu l’appétit. Je vous épargne les détails qui eux ne m’ont épargné aucun kilo !:57:
DIMANCHE 10
Nous partons à 9H15 vers La Levée, à environ dix km au sud de Cayenne. La route se termine au bord du fleuve Mahury où nous attend un carbet flottant ( !!!) qui nous emmène doucement, à trois km en amont de ce fleuve clame, large d’environ 1 km, vers le restaurant où … et oui, encore du poisson « granmachoire » (tarpon de moins d’un mètre), des crevettes guyanaises, et un dessert succulent. Le décor est pour le moins rustique : seau d’eau pour les toilettes, hamacs, babyfoot antédiluvien….
En guise de final, deux dauphins viennent nous saluer de leur danse avant que nous rentrions au ras de l’eau rougeâtre, en pirogue cette fois.

Hélas, à 16h, nous partons vers l’aéroport….
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Dernière mise à jour de cette page le 30/05/2007