JOURNAL DE BORD - GRENADE -SEPTEMBRE 2007

SEMAINE EPICEE A LA GRENADE
Samedi 8 septembre
Si on considère la distance entre la Martinique et la Grenade, on peine à envisager qu’il faille trois vols consécutifs pour effectuer la liaison. Eh bien non, il n’y a pas moyen de faire mieux. Fort de France/Sainte-Lucie, puis Sainte-Lucie/Barbade et enfin Barbade/Grenade. Je ne me plains toutefois pas car les vols successifs sont à l’heure. En revanche, je découvre que le DASH 8-300 est un petit bimoteur qui vibre. Et quand je dis qu’il vibre, c’est un euphémisme. Il tremble ! De toute sa carlingue ! Tout cela n’est pas pour rassurer l’éternel angoissé de l’avion que je suis. Je m’impose la confiance, même si elle est mise à mal à Barbade où j’ai du mal à obtenir un boarding pass pour Grenade qu’on finit par remplir à la main en me demandant mon nom. J’observe toutefois que mon nom figure sur une liste…
Bref…

Le survol de la côte sud de Barbade me rappelle l’excellent séjour de l’année dernière. Je reconnais Bridgetown, les longues plages de sable blanc, les rouleaux… 45 longues minutes plus tard nous arrivons à Grenade en survolant là aussi la côte sud : une côte ciselée où se succèdent les plages, toutes aussi désertes les unes que les autres, ainsi que des presqu’îles, parsemées de maisons multicolores.
Je suis attendu à l’aéroport et mes hôtes me déposent dix minutes plus tard à l’hôtel. Le Grand Beach Resort Hôtel est situé à Grand Anse, au Sud de Saint-George’s. Le parc est immense, magnifique, parfaitement entretenu. En son sein, deux piscines dont une de 100m agrémentée de deux cascades. L’autre, plus discrète, jouxte le bar. Le parc donne directement sur une immense plage de sable argenté. Splendide !
Je ne tarde cependant pas à être confronté à un problème : l’adaptateur, acheté l’an dernier à Barbade et censé être compatible dans toute la Caraïbe, ne l’est justement pas ici. De plus, le 110V et le 220V sont disponibles mais rien n’indique précisément le voltage qui correspond aux prises. J’appelle au secours et on me prête un transformateur qui me permet de brancher mon matériel : chargeurs, ordinateur…
Saint-George’s est à dix minutes. Je pars donc à pied vers le nord et ne tarde pas à réaliser que pour mettre dix minutes à rejoindre le centre ville, il faut prendre un minibus… Je marche donc un peu plus d’une heure, sous un soleil de plomb. J’apprends en arrivant que la ville était à 3,5 miles, soit environ 5 km… J’en profite pour faire quelques photos. Une fois dans le centre, je constate avec amertume que comme à Fort de France, les commerces ne sont pas ouverts le samedi après-midi. Je prends un bus pour rentrer…
En face de l’entrée de l’hôtel, il y a un centre commercial. Ouvert. Me voilà consolé. Sauf qu’une fois entré, je découvre des magasins semblant sortir d’un roman de Zola. Je verrai donc plus tard et ailleurs pour effectuer mes habituelles emplettes.
Vers dix huit heures, je me rends au bar, histoire de prendre un verre et de discuter si possible avec les autres clients. Personne. J’avais bien remarqué qu’il n’y avait pas grand monde, mais de là à être seul au bar, un samedi à l’heure de l’apéro… A 19h, je passe au resto où je suis le seul client jusqu’au dessert. Arrive alors un homme seul puis un couple. Les deux serveuses et le cuisinier s’ennuient manifestement. Menu imposé : buffet. Je me fais une assiette de salade, suivie de deux pilons de poulet avec du riz et une part de tarte. Le tout arrosé d’un verre de vin rouge chilien, excellent. Addition. 140 dollars caribéens, soit environ 46 €. Bon, je ne dis rien, on n’est pas à Grenade tous les jours….
Dimanche 9 septembre
Même état d’esprit ce matin en découvrant que le petit déjeuner n’est pas inclus dans le prix exorbitant de la chambre. Mais, j’insiste, on n’est pas à Grenade tous les jours….
J’avais réservé un taxi pour une visite sommaire de l’île en deux heures. Philip arrive en avance alors que je venais juste de me faire dépanner la télé, dont la prise est en faux contact. Nous partons. Philip est très bavard. Heureusement, je m’habitue vite à son accent et parviens à comprendre au moins 90% de ses intéressantes explications.
Il m’explique d’abord que Grenade est un pays très religieux où 80% des habitants sont catholiques romans tandis que différentes confessions se partagent les 20% restant. Nous sommes dimanche, les églises sont pleines, tout est fermé, il y a peu de monde sur un réseau routier en bon état. Il me montre la prison, en haut d’une colline qui surplombe Saint-George’s, en précisant que le taux de criminalité est très faible ici : l’île est petite (environ 15 km sur 20) et donc tout se voit, tout se sait.
Nous passons devant les bureaux ministériels et la résidence du Gouverneur Général qui n’a plus de toit depuis le passage de l’ouragan Ivan en septembre 2004. Ivan : catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson, 90% des habitations détruites, 100% des cultures ravagées, des milliers d’arbres arrachés, plus d’herbe ! Le désastre fut tel qu’immédiatement, les USA et de nombreux pays ont apporté une aide indispensable. Cette aide a permis de reconstruire rapidement les usines les plus importantes :Coca-Cola, une boulangerie réputée ainsi qu’une usine de traitement des fleurs dont les restes après traitement pour les fleuristes sert à l’alimentation animale. Rien ne se perd.
Il me montre des arbres que je connais, manguiers, arbres à pain, amandiers et d’autres que je découvre, en particulier cacaoyer, et arbre à muscade (la fameuse « nutmeg » de Grenade). Il m’explique que tout est utile dans le fruit. La pulpe sert à faire des gelées ou confitures, l’enveloppe du noyau est utilisée comme épice, tandis que la noix… mais ça vous le savez tous. Je remarque que la noix est blanche quand le fruit n’est pas mûr. Il m’explique ensuite les différents usages de la calebasse selon la forme qu’on lui donne en la découpant (verres, assiettes, instrument de musique…). Une calebasse qui s’appelle "bowlie " quand elle n’est pas séchée. Et puis beaucoup d’autres encore dont j’ai oublié le nom.
Les nombreuses épices qu’on trouve à profusion à la Grenade lui ont inspiré ce slogan : « The Isle of spice, where everything is nice ».
Alors que nous traversons Beaulieu, il m’explique qu’en Français, cela signifie « a nice place ». Je lui réponds que c’est tout à fait exact et il éclate de rire en se souvenant que je suis français. De mon côté, je suis flatté. Mon anglais ferait-il illusion au point qu’il en oublie mes origines ?
Il enchaîne en m’expliquant que ces épices ont attiré les convoitises au fil des siècles et me retrace l’histoire de son pays, illustrée par une longue anecdote sur les Arawaks et Caraïbes. En conflit avec les Arawaks, premiers habitants de la Grenade (comme des autres îles de la zone), les Caraïbes ont usé d’un subterfuge. Le chef des Caraïbes a proposé au chef ennemi une rencontre autour d’un repas pour mettre les « choses sur la table », c’est le cas de le dire. Il avait apporté un vin fort, et a discrètement mais sûrement saoulé le chef Arawak et réussi à lui faire signer un document de paix, en blanc ! Fort de ce document, il expulsa les Arawaks…
Christophe Colomb n’a jamais débarqué à la Grenade mais l’a observée de loin et l’a baptisée « Conception Island ». Plus tard, les Espagnols, en souvenir de l’Andalousie, lui donnèrent le nom de Granada avant que les Anglais la baptisent « Grenada » (prononcez Gre-nay-da) après de nombreuses batailles pour sa possession, notamment avec les Français venus de Martinique. En 1651, il ne restait que 40 Caraïbes. Hommes, femmes et enfants ont préféré se jeter de la falaise plutôt que passer sous le joug des coutumes européennes. Cet endroit, au nord, s’appelle désormais « Sauters’ Bay » en souvenir de leur sacrifice.
Dernier épisode et non des moindres, l’indépendance de la Grenade, le 2 février 1974. En effet, cinq ans plus tard, Maurice Bishop a installé un régime communiste soutenu par Cuba, l’Union Soviétique et la Libye. Il s’en est suivi un conflit ouvert avec le Vice-Premier Ministre, et cela s’est terminé en 1983 par l’exécution sommaire de Bishop et de ses plus fidèles amis. L’état d’urgence a été décrété et une intervention militaire notamment des Etats-Unis s’est avérée nécessaire pour rétablir l’ordre : ce fut la « rescue mission ». Le calme est revenu en 1984 et depuis, la Grenade développe son industrie du tourisme.

Alors que nous passons Vendôme, les dégâts de Ivan sont de plus en plus visibles : arbres réduits à des troncs, église au toit envolée avec un bâtiment en tôle, en forme de demi-lune, érigé à la hâte à quelques mètres de là. Provisoirement.
Nous arrivons ensuite à « Grand Etang Lake ». Un endroit perdu au cœur de la montagne. Un lac sauvage, calme, serein, parsemé d’herbes qui dépassent d’environ 30 cm mais dont on imagine pas qu’elles font deux mètres de haut : Philippe en cueille quelques unes pour illustrer son propos. Etonnant. En revanche, il ne pourra me prouver que ce lac abrite de gros poissons. La légende veut que ce lac, ancien cratère de volcan, n’aie pas de fond et qu’une naïade y vit. En fait, sa profondeur est très faible et personne n’a jamais rencontré la créature…
Nous continuons et arrivons après quelques minutes et un passage à Saint-Andrew au sommet d’un col à 1910 pieds d’altitude (qui n’est pas le col le plus haut de la Grenade) aux chutes Sainte Margaret. Nous sommes au cœur du Parc National, l’entrée est donc payante. Je paie les 2 dollars symboliques (1€50) et nous partons armés de bâtons…
Ce site permet d’admirer sept cascades, mais seules les deux premières sont au programme car nous ne disposons pas d’assez de temps. En fait de 15 minutes, nous mettons le double pour atteindre au bout d’un sentier à peine praticable, les cascades de Satan qui méritent vraiment le détour. Philippe me propose de pousser jusqu’aux suivantes en précisant qu’elles sont à 15 minutes. Je connais ses minutes et décline l’offre, raisonnablement. Du coup, il me propose un coup d’œil à une cascade secrète « Honeymoon falls ». Secrète, car elle ne figure pas sur les guides. Un endroit où les couples aiment à se rendre pour y goûter quelque tranquillité. On y arrive très vite, parait-il. En fait nous marchons de longues minutes sur un sentier boueux, sous un soleil de plomb. De nombreuses pierres et troncs barrent le chemin. La boue, les mousses rendent le tout très glissant en particulier lors de la traversée de petits torrents. Le chemin devient vraiment impraticable : je dois effectuer un numéro de funambule sur un tronc incliné à 45° pour passer un cours d’eau, en tenant le bâton de Philip. Pire, plus loin, nous passons le long d’un mur glissant lui aussi incliné à au moins 45°. J’y vais pas à pas. Je renonce mais Philippe insiste, et m’explique où poser pied après pied, en tenant quelques bambous en cas de glissade. L’eau est en contrebas, à seulement deux mètres, mais je crains pour mon appareil photo, mon passeport et mon porte-monnaie. Nous débouchons sur la cascade et je remercie Philip d’avoir insisté mais surtout de m’avoir aidé. En effet, la cascade est vraiment magnifique et mérite absolument d’être vue.
Le retour est encore plus difficile car il faut repasser les difficultés avant d’escalader la montagne que nous avions descendue à l’aller. Le soleil brûle et nous n’avons rien à boire puisque cette aventure n’était pas prévue. Je me fais à ce moment piquer sous le bras, probablement par un diptère. Il me rassure en expliquant qu’il n’y a aucun animal ni aucune plante dangereuse sur l’île. Il m’explique que de nombreux singes Mona peuplent la montagne, mais, leur chair étant appréciée (comme celle de tous les animaux vivant sur l’île, oiseaux, opossums etc.) les singes ont tendance à se cacher, sauf au coeur du Parc National. Nous n’en croiserons toutefois aucun.
Nous buvons un coup à la buvette du parking des chutes avant de rentrer sur Grand Anse via Saint-George’s. Philip fait un petit détour pour me montrer le National Stadium (Cricket – football). Ce stade a été construit deux ans avant le passage d’Ivan (et dix mois plus tard celui d’Emily) et a été totalement détruit. Ce sont les chinois qui ont entrepris de le réparer. Il leur a fallu un an de travaux, 24H/24, mais le stade fut prêt à temps pour accueillir la coupe du monde de cricket, au printemps 2007. Il est désormais considéré comme le plus bel endroit pour pratiquer le cricket, non seulement dans la Caraïbe, mais dans le monde entier.
Nous traversons un centre ville désert et présentant peu d’intérêt, puis nous longeons la côte et Philip m’explique que la ville se situait autrefois sur les bords de la baie, le « Lagon » où sont mouillés quelques bateaux de plaisance, mais à cause de courants, celle-ci s’est déplacée dans la baie du « Carénage », au nord.
Nous sommes de retour à l’hôtel après trois heures épuisantes. Je bois, je prends une douche, je bois, je bois encore (de l’eau ! ! !) et m’accorde une sieste.
De nouveau en pleine forme, je me jette ensuite dans une piscine comme je les aime, c'est-à-dire une piscine pour moi tout seul. J’y nage une petite heure ce qui me vaut quelques crampes désagréables et donc pléonastiques. Le soir, après la piscine, c’est le restaurant qui est désert et j’ai donc trois serveuses et un cuisiner à mon service. Sauf que là, pour le coup, ça n’a rien d’agréable, surtout quand les moustiques sont encore plus en appétit que moi. Je m’offre un chevice de lambi suivi de côtes d’agneau à la moutarde et à la gelée de groseilles, ce qui me rappelle à quel point l’indépendance de la couronne britannique est récente.
Lundi 10 septembre
La conférence commence comme à l’accoutumée par une cérémonie d’ouverture, en fait une série de discours précédée de la prière et de l’exécution de l’hymne national, que l’on écoute religieusement, debout. L’Ambassadeur Américain, secrétaire général de l’organisation qui m’avait invité, me cite parmi ses « distinguished » qui lui font l’honneur d’être présent, je me signale et du coup toute l’assistance se retourne vers moi, ce qui me donne immédiatement une intense envie de fuir que je parviens toutefois à réprimer.
Nous observons ensuite une minute de silence à la mémoire du Premier Ministre de Sainte-Lucie, tout récemment décédé. Pour l’anecdote, il faut savoir qu’il avait été transporté à l’hôpital de Fort de France la semaine précédente et qu’après quelques jours de soins, il en était reparti en hélicoptère, dans un état stationnaire. Les obsèques ont toutefois été fixées ce jour là, au 15 septembre…
Le repas de midi fut on ne peut plus cocasse. Nous trouvons enfin le restaurant après dix minutes de recherche. Nous sommes servis un par un ou presque, et à peine avions nous osé un coup de fourchette, qu’un orage s’abat sur Grand Anse. Aucune solution de repli n’étant prévue, nous terminons le repas debout, alignés le long du bar.
J’apprendrai plus tard qu’une partie de la délégation américaine est allée dîner en ville dans un restaurant où ils ont attendus près de deux heures avant d’être servis, l’envie à cet instant étant plus de dormir que de manger.
A l’ouverture des travaux proprement dite, je suis de nouveau présenté à l’assistance et doit me lever. Heureusement, ils n’applaudiront pas !
Mardi 11 septembre
Cette fois, c’est pour trouver où prendre le petit déjeuner que nous galérons : même les employés de l’hôtel ignorent l’endroit désigné. Après deux longues traversées du parc, nous arrivons enfin, avec du coup un appétit acéré.
Les travaux, studieux, continuent d’être rondement menés. Un des intervenants se bat pendant son intervention, pour éviter les larsens, les micros étant en effet à la hauteur de l’organisation culinaire : un mouvement brusque suffit à les déclencher. Il finit par retourner au pupitre en précisant qu’il est américain, que tout est volontaire, qu’il faut être une « cible mouvante » pour satisfaire aux exigences de la sécurité. A la fin de son intervention, il s’excuse de « ne pas avoir été bon » avec les micros…
En fin de matinée, une carte circule – y compris sur le pupitre de l’orateur - pour les commandes du repas de midi, histoire de gagner du temps. En vain. Nous sommes toujours servis un à un ou presque et un des plats commandés n’est pas disponible.
En fin d’après-midi, un cocktail est offert par la direction. J’y retrouve une haïtienne, ce qui me permet d’échanger un peu en Français et d’en apprendre beaucoup sur la situation catastrophique qui frappe toujours Haïti, malgré quelques améliorations en matière de sécurité.
Mercredi 12 septembre.
Jour J. Je dois en effet présenter mon exposé, en fin de matinée. Evidemment, les travaux prennent de nouveau une bonne heure de retard ce qui n’arrange pas mon stress. Toutefois, comme d’habitude et bien que je doive intervenir en anglais, une fois en route, cela va beaucoup mieux. Du coup, je prends confiance, je me lance dans d’inutiles explications improvisées, je finis par me perdre et je dois chercher quelque peu mes mots. Je réponds aux rares questions – heureusement parfaitement comprises - et m’en retourne m’asseoir, soulagé. Cette fois ils applaudissent….
Au retour du repas, sur lequel je ne reviens pas histoire de ne pas me répéter, une collègue du Surinam me dit qu’elle m’écouterait une journée entière - mes yeux pétillent- car elle adore mon accent - je lui demande de ne pas se moquer – et me rassure. Elle est néerlandophone et adore l’accent français. Je décide d’accepter le compliment et libère mon cou à demi asphyxié de ma cravate, ces deux événements étant tout à fait indépendants.
Jeudi 13 septembre
Rien. Rien depuis hier. C’est long ! Internet ne fonctionne pas depuis dimanche, je suis donc contraint d’attendre que TV5 monde diffusent un journal ; belge, suisse ou français si j’ai de la chance pour glaner quelques informations.
Cet après-midi, les débats se déroulent en atelier et étant un invité à part (je ne fais pas partie d’une délégation en tant que telle) je suis donc libre. J’en profite pour faire une tentative infructueuse de plus sur le poste internet, une balade courte dans le centre commercial miteux tout proche de l’hôtel et une longue, très longue promenade sur la plage de sable blanc avec mon lecteur MP3, avant de prendre un bain.

Vendredi 14 septembre.
J’allais juste finir mon petit déjeuner quand Beverly me demande la permission de s’asseoir à ma table. Comment refuser ? Nous évoquons la Caraïbe et très vite elle m’apprend qu’elle est jamaïcaine. Elle me parle de son pays dont nous passons en revue les vedettes et bien sûr Marley et Merlene Ottey, qu’elle croyait retraitée mais qui participait pourtant aux derniers championnats du monde, il y a quelques jours à Osaka, à l’âge canonique de 47 ans !
Nous commençons cette dernière journée par une prière en action de grâce pour remercier le Seigneur de son aide précieuse dans nos travaux et lui demander de nous donner la force de continuer avec foi dans l’œuvre immense qu’il reste à accomplir.
Ensuite, le premier collègue à prendre place à la tribune nous demande de nous lever – encore ! - pour aller dire un mot gentil à l’un ou à l’autre et pas seulement à notre voisin. S’ensuit une suite d’embrassades et d’accolades, très chaleureuses et je mesure à cet instant ma popularité, « Stéphane, my friend from Martinique ! »…ce qui n’a rien de désagréable, mais vous me pardonnerez de ne pas en dire plus ici…
Puis, un des médecins présents fait défiler sur l’écran une série de maximes dont « si tu penses que tu vas perdre tu es perdu », « si tu fais toujours la même chose, tu obtiendras toujours la même chose », et termine par les paroles de la chanson « I believe I can fly », de je ne sais plus qui, que nous reprenons tous en chœur, la main dans la main ! ! !

Enfin, après qu’un Barbadien a fait la publicité pour son CD - il compose et chante en amateur et en particulier sur le thème de cette conférence - un des participants d’Antigua prononce une seconde prière à la Sainte et Immense Gloire De Dieu. J’apprends ensuite qu’il est adventiste, d’où je présume, la nécessité de dire une prière différente.
Une liste circule ensuite pour commander la spécialité nationale pour le repas du midi. Cette liste ne parviendra jamais jusqu’à moi. Pas de regrets puisque l’organisateur de ce repas spécial nous annonce un peu plus tard qu’il n’y en en aura pas assez pour tout le monde ! Mieux, aucun restaurant de l’hôtel n’est ouvert ce midi. Le temps de passer poser mes affaires à la chambre et tout le monde avait disparu ! No comment.
17 heures. Le bus nous attend pour nous emmener pour un « Fish Friday » dont j’ignore tout à ce moment là.

Le bus démarre après avoir bricolé la capricieuse mécanique. Nous commençons la soirée par un arrêt au Fort George, sur les hauteurs de Saint-George’s. C’est dans la cour de ce fort, le long d’un mur, que furent exécutés le Premier Ministre Maurice Bishop et une douzaine des membres de son cabinet, lors de la Révolution, en 1983. Nous admirons un magnifique coucher de soleil sur la Mer des Caraïbes avant de partir vers Gouyave, sur la côte nord-ouest, après avoir de nouveau tapé au marteau sur la batterie. Un faux contact sans doute. La route est longue et sinueuse, le voyage semble interminable et la fatigue commence à se faire sentir. Le long de cette route, de nombreux bâtiments délabrés émergent de la nuit, en autant de stigmates des fameux ouragans. Des enfants de douchent dans la rue, sous l’eau d’un tuyau branché à une pompe. Nous sommes dans un pays du tiers-monde.
Une fois parvenus à Gouyave, nous pénétrons dans une rue où sont installés de nombreux stands où l’on vend divers poissons frits (d’où peut-être le nom, sous forme de calembour entre Fish fried day et Fish Friday ?) ou cuits à la vapeur. On y trouve également du crabe et de la langouste, des boissons et quelques bancs pour savourer le tout, bien évident dans une ambiance très caribéenne : les gens n’hésitent pas à danser sur des musiques endiablées.

Le trajet du retour est beaucoup plus court car l’ambiance bat aussi son plein dans le bus. D’abord ce sont quelques histoires drôles qui s’enchaînent, avant de laisser place aux chansons, parmi lesquelles « Rivers of Babylon » et quatre standards de Marley : « One love », « Is this love », « No woman no cry » et « Redemption song ».

Samedi 15 septembre.
Le réveil sonne à 3H40. Dur. A 4h30 je monte dans le taxi et à 6h05, mon avion décolle. Les transits à Barbade et Sainte-Lucie se passent sans problème. Le Dash 8 arrive en Martinique en laissant le Rocher du Diamant à l’ouest. Il survole ensuite Rivière-Salée avant de longer la côte, la Poterie, le bourg des Trois-Ilets, le golf, jusqu’à l’Anse Mitan. Je vérifie que ma fenêtre était bien fermée et que la télévision était éteinte. Tout va bien. L’avion peut plonger sur sa droite, survoler la baie de Fort de France et se poser enfin sur l’aéroport Aimé Césaire… où nous attendons cinq bonnes minutes l’arrivée de nos amis policiers. Parmi les passagers, un député qui prend lui-même l’initiative de téléphoner pour qu’enfin ces messieurs daignent venir contrôler nos papiers.
Cette fois encore, je rentre sans ma valise, qu’heureusement je récupérerai le soir même.

J’ai rarement été si heureux de rentrer tant cette semaine était éprouvante, notamment par la densité du programme et la pratique permanente de la langue anglaise. A moins que ce ne soit à cause de la médiocrité de la nourriture et de l’organisation générale par l’hôtel.
La Grenade est une île magnifique. La nature y est généreuse et les gens charmants. Mais de là à y retourner passer des vacances, c’est hautement improbable !:53:
1. maé Le 29/09/2007 à 11:37
r kelly c'est le chanteur de i believe i can fly !!!!!
Dernière mise à jour de cette page le 18/09/2007