FEMMES DAMNEES(DELPHINE ET HYPPOLYTE)
Avons-nous donc commis une action étrange ?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi
Je frissonne de peur quand tu me dis: 'Mon ange !'
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.
Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée !
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition !
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition !
Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté !
Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
À ce rouge soleil que l'on nomme l'amour !
On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître !
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain : 'Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant ; cet abîme est mon coeur!'
Brûlant comme un volcan, profond comme le vide !
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang
Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos !
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux !'
Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel !
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel
Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes ;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!
'Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses ?
Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
L'holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir ?
Hippolyte, Ô ma soeur! Tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon tout et ma moitié,
Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles !
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
Et je m'endormirai dans un rêve sans fin
Charles BAUDELAIRE versification revue par Damien Saez
6. Kya Diamond Davis Le 03/12/2009 à 20:01
Derien (:
5. camelice Le 29/11/2009 à 18:24
Merci pour eux Kia !Je ne suis pas spécialement fan de Saez - quoique certains morceaux sont excellents - mais ce "mariage" est effectivement une grande réussite.
4. Kya Diamond Davis Le 29/11/2009 à 12:12
Han je suis une grande fan de Saez et je trouve que le mélange avec Baudelaire est Magnifine ! 
3. camelice Le 12/01/2007 à 22:56
Merci Charlotte. Voilà qui est réparé....
2. charlotte Le 12/01/2007 à 19:35
Quel texte magnifique ! Saez et Baudelaire un mélange parfait.. Par contre je me pose une question : il ne manquerai pas un paragraphe à ton texte ? Après " Et pénètre vos corps de leurs parfums affreux" ?
1. Alice Le 17/09/2006 à 10:28
Que c'est beau ! On ne s'en lasse pas...
Dernière mise à jour de cette page le 12/01/2007