JOURNAL DE BORD EQUATEUR - OCTOBRE 2008

 

 

0’ 0’’ pile !

Quito, du 28 octobre au 2 novembre 2008

 

 

 

Mardi 28

 

La journée est longue. Jai pris l’avion à 7H57 à Fort de France et j’arrive deux heures plus tard à San Juan où je patiente plus de six heures avant d’embarquer dans l’avion suivant, pour Panama. J’en ai profité pour rédiger les journaux de bord de mes voyages précédents à Santiago du Chili et à La Havane. L’atterrissage à Tocumen est assez surprenant. L’approche se fait par le nord, contrairement à d’habitude, ce qui permet de découvrir les magnifiques montagnes du pays, à basse altitude. Au moment d’arriver, l’aéroport est en vue, le pilote remet soudain plein gaz et nous remontons. Il s’en explique mais je ne comprends rien à son charabia. Nous survolons alors la ville de Panama City est ses buildings puis effectuons une longue boucle pour finalement atterrir par l’Océan Pacifique. Sans doute les vents ont-ils changé de direction. La correspondance est d’autant plus rapide que nous décollons avec vingt minutes d’avance et atterrissons à  Quito, de nuit, avec cette même avance sur l’horaire. L’aéroport est en pleine ville, entre les montagnes, ce qui oblige le pilote à descendre rapidement et à survoler les immeubles à très basse altitude avant de poser son appareil d’une façon pour le moins brutale car la piste est très courte. Ouf, l’avion s’arrête enfin, en bout de piste !

 

L’altitude donne de la vigueur à la migraine dont je souffre depuis Panama, je décide donc de me coucher tôt, après avoir fait le point avec le reste de l’équipe arrivée sur place deux jours plus tôt.

 

 

Mercredi 29

 

Le réveil fait son office sans la moindre pitié dès six heures et notre chauffeur nous attend deux heures plus tard. Nous traversons alors une ville très polluée, congestionnée par un intense trafic automobile. De son nom officiel San Francisco de Quito, la capitale de l’Equateur, qui s’étend sur plus de vingt kilomètres, compte plus de deux millions d’habitants et continue de s’accroître rapidement. Elle est dominée par le Guagua Pichincha un volcan qui culmine à 4675 mètres ainsi que par de nombreux sommets dont certains sont enneigés malgré la latitude, comme le Cotopaxi, troisième plus haut volcan du monde, qui culmine à 5.897 m. En 1998, le Pichincha est entré en éruption. Des nuages de cendres ont plongé la ville dans la pénombre pendant plusieurs heures avant de la recouvrir. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres de l’équateur.

 

Ici, les conférences se déroulent en continu, ce qui nous permet de terminer vers quinze heures. Nous partons alors vers le Mitad del Mundo, le centre du monde (signification de Quito), où un monument a été érigé en hommage aux travaux du géodésien Charles Marie de La Condamine qui mesura la longueur d'un arc de méridien d'un degré à proximité de l'équateur. La ligne y est tracée au sol, ce qui permet de l’enjamber, un pied dans l’hémisphère nord, l’autre dans l’hémisphère sud. Etonnante sensation ! Malheureusement, la pluie se met à tomber. Nous nous réfugions donc dans un bar où nous dégustons un bon maté de coca, qui nous aidera à faire face aux petits soucis liés à l’altitude : maux de tête, insomnies, essoufflement au moindre effort.

 

A peine rentrés, nous repartons vers le centre ville pour diner au restaurant « El Sur ». La table est internationale puisque nous sommes huit français, deux péruviens, deux boliviens et deux équatoriens. Nous y mangeons une bonne et copieuse « parillada » arrosée de vin chilien. Je laisserai toutefois les abats… Le repas s’éternise et nous renonçons à la visite nocturne du centre historique.

 

 

Jeudi 30

 

Nous quittons l’hôtel à 7H30. La longue route vers le centre de conférence nous permet de découvrir les sommets environnant ensoleillés, libres de tout nuage, mais également, en contrebas, la ville étouffée par le trafic, à peine visible sous un épais nuage de smog. Vision d’enfer !

 

A 13h, nous nous rendons à la résidence de l’Ambassadeur où nous sommes reçus pour le déjeuner. Nous mangeons un fagot de haricots verts accompagnés d’une petite sauce au beurre, suivi d’un filet de poisson avec de rares légumes et d’une brochette d’ananas et de bananes avec une sauce au caramel. Bon, mais light ! A l’issue du repas, nous partons pour le téléphérique qui permet d’accéder au sommet de la montagne qui surplombe la ville. Après dix minutes d’ascension, nous arrivons  à 4100 mètres. Les nuages arrivent au grand galop et nous avons juste le temps de prendre quelques photos et de marcher le long d’un sentier avant que la vue magnifique sur Quito disparaisse dans le brouillard. La respiration est difficile, mais l’air est pur, et nous apprécions pleinement ce moment intense.

 

Le soir, alors que nous marchons vers un restaurant proche de l’hôtel, nous sommes rejoints par un français qui nous propose d’ouvrir son restaurant spécialement pour nous. Nous mangeons donc « chez Alain », qui nous réchauffe du bœuf carrotes et des calamars. Déjà sensiblement éméché, Alain se joint à nous, et découvrant qu’une collègue est native de la même ville que lui.... arrose ça de plus belle et commence à nous raconter des histoires de foie gras sans queue ni tête, nous annonce qu’il est, je cite, quadrisexuel, entre autres balivernes et billevesées. A la fin du repas, cette fois complètement ivre, il nous fait écouter « Idées noires » une vieille chanson de Bernard Lavilliers puis une autre de Julien Clair « Laissons entrer le soleil », extraite de la comédie musicale « Hair ». Nous refusons de le suivre en boite et rentrons à l’hôtel avec un souvenir inoubliable de plus !

 

 

Vendredi 31

 

La matinée s’annonce tranquille en ce vendredi matin. Malheureusement, il me faut gérer un imprévu : une grève d’Air France est annoncée pour la semaine prochaine et cela risque de compromettre le séminaire que nous organisons. De plus, le bœuf carottes d’Alain n’était certainement pas très frais et je souffre d’une gastro qui m’obligera à repérer les toilettes les plus proches de la salle où se déroulera la cérémonie de clôture à 11h. Cette cérémonie est un véritable calvaire : la chaleur est suffocante, mes intestins se rebellent de plus belle et le « maitre de cérémonie » s’emmêle allégrement les pinceaux. On m’appelle pour remettre une plaque… à la mauvaise personne, puis une autre alors que ce n’est pas mon tour, on oublie de me donner la parole pour le discours – je ne m’en plains pas ! – même les collègues hispanophones ne comprennent rien à ce qui se passe tant la cérémonie est désorganisée ! Je reçois une « magnifique » pendule – mon Dieu comment est-ce possible ? - dont je fais immédiatement cadeau à ma collègue qui la trouve à son goût ! Je n’ai qu’une hâte, monter me reposer dans ma chambre, mais je dois faire mon devoir et participer aux conversations hispanophones pendant le cocktail, cherchant désespérément ma collègue qui parle espagnol pour m’aider. Inutile de préciser que je ne touche ni aux apéritifs, ni aux petits fours.

 

Après une heure de repos salutaire, nous nous donnons rendez-vous à la réception pour partir visiter le centre historique de Quito. Nous y rencontrons deux jeunes filles en costume de Pierrot, qui dans un bon français nous expliquent que c’est la journée de la joie en Equateur. Devant l’hôtel, un chauffeur garde du corps nettoie imperturbablement le véhicule présidentiel : le vice-président est en effet en train de déjeuner à l’hôtel. Nous prenons un taxi qui nous dépose une quinzaine de minutes plus tard devant le palais du gouvernement que nous ne pourrons visiter car il n’est accessible au public que le samedi. Malgré son classement par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité, la visite du centre historique est très décevante : seule la place de l’Indépendance où se trouvent le palais et la cathédrale Primada (elle aussi inaccessible) vaut le détour. Nous nous arrêtons dans un bar où nous goutons la spécialité locale, servie en fin d’année à l’approche des fêtes, la colada morada. Il s’agit d’une sorte de confiture de mûre liquide, servie chaude avec divers fruits dedans et accompagnée d’un petit pain au beurre. Nous sommes de retour en fin d’après-midi et, toujours barbouillé, je renonce à l’apéritif organisé chez lui par notre collègue en poste à Quito. La nuit est courte puisque l’alarme de l’hôtel se déclenche sans raison à 1H30 et nous devons nous lever à 3H pour être à l’aéroport à 4h30…

 

Samedi 1er novembre

 

Si le vol jusqu’à panama se déroule sans incident, nous sommes très fortement secoués au décollage du vol vers Santo Domingo, au point que certains passagers crient de terreur ! L’atterrissage est également impressionnant puisque nous arrivons par la mer que nous survolons à quelques mètres avant de toucher violemment la piste, de rebondir et de constater que les freins du Boeing 737 sont très puissants... Nous patientons trois heures et montons avec quarante cinq minutes de retard dans l’Airbus d’Air France qui doit nous ramener à la maison. Une fois à bord, nous apprenons que la piste est endommagée à Fort de France et que l’avion se posera à Point à Pitre, où nous serons hébergés…

 

Deux heures plus tard, un bus nous attend en effet à la sortie de l’aéroport et nous conduit dans un hôtel quatre étoiles du Gosier. La réception et le restaurant sont très joliment décorés et nous y mangeons très convenablement. Mais en revanche la chambre est d’un confort pour le moins limité !

 

 

Dimanche 2 novembre

 

Je me lève à 5H30 car un bus doit nous prendre à 6H15 pour nous ramener à l’aéroport pour nous envoler à 8H15. Malheureusement la chasse d’eau se bloque et je ne parviens pas à l’arrêter ! Je raconte cet incident aux collègues qui m’apprennent pour l’un qu’il a glissé sur une flaque géante, pour l’autre qu’il y avait des vêtements dans sa chambre  ( ??? ) pour le dernier que sa chambre était moisie et que la porte communicante avec la chambre voisine ne fermait pas ! A 7H30, alors que nous commençons à nous interroger, nous apprenons qu’Air France a oublié de commander le bus. Nous décidons alors avec les autres passagers naufragés de prendre un petit déjeuner car nous devions le prendre à l’aéroport. L’accès nous est refusé mais nous entrons en force ! Comprenant que la situation risque de dégénérer – nous sommes une quarantaine – le personnel finit par céder. Pendant ce temps, le bus arrive enfin, mais nous apprenons parallèlement que l’avion est parti sans nous et surtout que tous les vols se sont posés et ont décollé normalement de Fort de France hier soir ! Air France est à ce moment injoignable, et l’hôtesse de l’hôtel finit par avoir quelques infos par la compagnie concurrente ! Finalement, vers neuf heures une liste de passagers est établie qui partiront à 10h00 et embarqueront sur le vol de cette compagnie. Compte tenu probablement de la durée de notre périple, nous faisons partie des heureux élus avec les deux familles accompagnées d’enfants en bas âge. En réalité, la piste a effectivement été détériorée…. mais la veille, et réparée immédiatement ! Nous avons tout lieu de soupçonner Air France, faute de passagers à embarquer à Fort de France pour Pointe à Pitre, d’avoir préféré annuler notre vol et de nous héberger, solution peut-être plus économique mais tout à fait scandaleuse, d’autant qu’une fois montés dans le bus à l’arrivée en Guadeloupe, nous ne verrons plus le moindre représentant d’Air France ni ne recevrons la moindre information de la compagnie.

 

Cette mésaventure ne gâchera toutefois pas ce court séjour au centre du monde et nous rentrons chez nous avec un courrier de plus à rédiger… dès le lendemain !

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 09/11/2008

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