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GUAYAQUIL – 7 AU 14 JUIN 2008

Samedi 7
Après un peu plus de cinq heures de vol depuis Santiago du Chili, l’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport de Guayaquil où nous sommes accueillis par un collègue équatorien. Située à de 2°, 13’ de latitude sud, Guayaquil est une ville d’environ trois millions d’habitants, la plus grande du pays et son poumon économique. En effet, la capitale, Quito, perchée dans la sierra à 2800 mètres d’altitude ne compte « que » deux millions d’habitants. Au total, l’Equateur, dont la superficie est d’environ la moitié de celle de la France compte un peu plus de treize millions d’habitants.
Notre collègue nous emmène à l’hôtel, situé sur le Malecon, face aux eaux rouges de la rivière Guayas, dont la largeur en son estuaire est d’environ quatre vingt kilomètres ! La rive d’en face est celle d’une des nombreuses îles autour desquelles serpentent les bras de la Guayas.
La mauvaise nouvelle du jour, c’est que nous sommes à nouveau coupés du monde : une semaine de plus sans téléphone. Heureusement, nous sommes connectés à internet à l’hôtel.
Dimanche 8
Je suis réveillé vers six heures par la télévision du voisin qui diffuse un match de football. Comme partout en Amérique du sud, le football est le sport roi : les matches de l’Euro 2008 sont diffusés en direct à la télé !
Le temps de prendre un petit déjeuner frugal – au sens propre – et je demande un fer à repasser à la réception : mauvaise nouvelle, ils ne disposent que de planches. Excellente nouvelle, je ne repasserai pas. Mauvaise nouvelle, certaines chemises sont bien chiffonnées. Bonne nouvelle, il m’en reste suffisamment. Enfin presque. Sous la veste, ça ira !
Je passe la matinée à travailler sur internet avant de partir manger à la Resaca, un restaurant spécialisé en cevice de crevettes, de poulpes ou de calmars par exemple et en fruits de mer. Nous partons ensuite vers la colline qui s’élève au bout du Malecon : Las Penas, au sommet de laquelle se dresse « El Faro de Santa Ana », le phare de Sainte Anne, ainsi qu’une chapelle du même nom. L’ascension se fait par un escalier de plus de quatre cents marches numérotées qui serpente entre des maisons entièrement rénovées, peintes de différentes couleurs vives. Très touristique, cette montée propose des bodegas et boutiques où l’on trouve des objets artisanaux d’une qualité pour le moins douteuse. Les policiers postés tous les cinquante mètres assurent la sécurité du site. Sur les réverbères, des indications « haut » et « bas » permettent aux visiteurs de savoir s’ils montent ou s’ils descendent ! Sans doute pour les noctambules qui quittent les bodegas…
Malheureusement, le temps est gris et les photos ne seront donc pas d’une grande qualité. Le soir, nous dinons dans un restaurant basque, dans une ambiance feutrée. Nous ne saurons jamais si la sangria y est préparée avec du vin ou du jus de raisin.
Lundi 9
La pollution et les climatisations poussées à fond aidant, j’ai la gorge irritée. Ceci ne m’empêche pas, l’expérience argentine me donnant confiance, de me présenter, d’ouvrir le stage et de commenter le programme en Espagnol, le tout sans notes ! En progrès le p’tit gars !
En fin d’après-midi, nous partons en promenade en centre ville. Nous remontons l’avenue du 9 octobre, jusqu’au vaste « Parque Centenario », très agréable avec ses larges pelouses et ses grands arbres. Malheureusement, la pollution est telle que même au cœur de ce parc, l’air est irrespirable. Les voitures sont très nombreuses et mal réglées : à chaque accélération, c’est un nuage de fumée de plus ! Les bus ? C’est pire ! Ils sont de deux classes : ceux de la classe « selectivo » où on paie le double mais dans lesquels les voyageurs sont obligatoirement assis, et ceux de la classe « popular », moins chers et très inconfortables, au point où justement, les gaz d’échappement envahissent l’habitacle !
Nous redescendons vers la très belle cathédrale, nous arrêtons quelques minutes dans le parc Simon Bolivar où se prélasse un impressionnant iguane multicolore. Ses nombreux congénères qui vivent là en totale liberté sont hélas, en cette heure tardive, déjà perchés dans les arbres du parc.
Le soir, nous prenons un taxi pour manger au Red Crab, encore un restaurant spécialisé dans les fruits de mer : excellent ! En chemin, alors que nous sommes arrêtés à un feu rouge, nous nous voyons proposer quelques roses, « pour nos copines ». Un collègue lui répond que nous n’avons pas de copine ici : le vendeur lui répond alors très sérieusement que ce n’est pas un problème, que s’il n’y a que ça il peut nous en amener de suite. Nous pourrons alors lui acheter ses fleurs ! Le feu passe au vert. Le taxi démarre…
Mardi 10
Cette fois, il ne s’agit plus d’une irritation de la gorge : j’ai bel et bien attrapé un bon rhume, une crève carabinée. Mon nez est une fontaine et je tousse comme un tuberculeux. Je mets un pull avant de descendre au restaurant pour le petit déjeuner. Ma collègue est dans le même état que moi ! Heureusement, le reste de l’équipe est en pleine forme.
Après la journée de travail, nous partons nous promener sur le Malecon. Le temps gris s’accompagne cette fois d’une pluie fine. Nous marchons à travers un centre commercial souterrain avant de prendre à droite vers le centre. Nous nous retrouvons dans une espèce de marché, de souk, où grouille une population manifestement très pauvre et où on trouve des dizaines de marchands de chaussures, autant de marchands de CD et DVD contrefaits, sans parler des montres « Rolex »…
Nous nous échappons et retournons sur le Malecon. Au moins, nous pouvons y respirer un peu mieux. Nous allons jusqu’au petit marché artisanal où les commerçants proposent des souvenirs de toutes sortes, très voisins de ceux du Pérou, ce qui n’a rien de surprenant. Je remarque avec intérêt une boutique qui propose divers objets fabriqués avec de l’ivoire végétal, qu’on trouve sous forme de boule dans les graines d’un palmier qui vit en altitude dans la forêt équatoriale.
Nous choisissons un autre restaurant pour le dîner, le Nuestro : je ne sais pas vraiment comment en parler : s’agit-il d’un très bel endroit, parfaitement décoré avec des vieilles photos de Guayaquil et où nous dégustons de délicieuses et copieuses spécialités locales accompagnées d’un excellent vin blanc ? S’agit-il d’un restaurant où on sert des crevettes qui sentent l’ammoniac ? Les deux mon colonel ! Cependant, l’accident étant toujours possible, je penche pour la première proposition et tant pis pour le collègue qui a trouvé cette crevette avariée.
Pour terminer la soirée, nous allons dans un bar où nous ne resterons que le temps de prendre un verre, tant le lieu est désert et l’ambiance terne. Il parait qu’à Quito, c’est pire !
Mercredi 11
Après une journée ma foi très constructive, nous voici réunis dans un restaurant de Las Penas : cinq français et quatre équatoriens pour un repas très sympathique qui se termine avec la visite de deux « tocadores de guitar » qui nous proposent quelques chansons d’origines variées : colombienne, mexicaine, anglaise et bien entendu équatorienne.
Nous terminons cette soirée dans un bar tenue par une sexagénaire française, qui bien qu’étant installée à Guayaquil depuis l’âge de trois ans, maitrise encore parfaitement le français. Nous aurons droit à quelques titres « français » : Gipsy Kings et Manu ciao par exemple.
Jeudi 12
Lors de notre promenade quotidienne sur le Malecon, nous remarquons un navire de guerre à la coque rouge, navire école de la marine équatorienne, en grand pavois. Des marins sont encore en train de fignoler le briquage des divers éléments du pont. Une fête se prépare manifestement. Nous continuons notre balade. Quelques minutes plus tard, alors que nous sommes de retour sur le Malecon, nous découvrons une centaine de marins, tout de blanc vêtus, qui entament un morceau de musique incroyablement latin : neuf chanteurs se trémoussent devant un ensemble de cuivres complété par quelques percussionnistes. Ils enchainent ainsi quelques morceaux de salsa et de meringué avant de jouer leur hymne, la « banda blanca ». Puissance et précision des cuivres, voix parfaites, rythmes très dansants : un contraste étonnant avec leur uniformes stricts. Une prestation fort improbable dans la Royale !
Le soir, pour trois dollars, nous nous empilons à cinq dans le taxi, une Lada en ruines, et nous retournons manger au Nuestro. C’est toujours aussi bon et toujours aussi copieux !
Vendredi 13
Après une dernière matinée, nous accueillons les autorités pour la cérémonie d’ouverture qui se déroule de manière très classique en Amérique du sud : Hymnes, discours, remises de cadeaux, séance de photos.
L’après-midi, nous retournons au parc des iguanes, où cette fois nous pouvons en admirer la lente démarche. Ils sont innombrables, au sol ou dans les arbres. Certains, un peu cabots posent pour les photographes. L’un d’entre eux aime parait-il à venir sur les genoux des touristes ! Puis, nous poussons jusqu’à Las Penas où nous découvrons cette fois de jour, les maisons en cours de rénovation et les bâtiments flambant neuf d’un programme immobilier de luxe. L’un des immeubles est bâti autour de la structure d’un ensemble de silos cylindriques, lui conférant ainsi une silhouette pour le moins originale.
Je contourne ensuite un immeuble en chantier pour soulager ce qu’on appelle pudiquement un besoin naturel. C’est alors que, surgi de nulle part, un policier me rappelle à l’ordre sous les quolibets des collègues…
Demain, il faudra nous lever au plus tard à quatre heures : nous mangeons donc tôt et nous couchons tôt, non sans avoir fêté comme il se doit l’anniversaire d’un membre de l’équipe.
Samedi 14
Même s’il est toujours difficile de se lever si tôt, nous sommes tous prêts à l’heure. Le chauffeur est ponctuel et nous arrivons en avance à l’aéroport. Les deux premiers tiers se déroulent sans le moindre incident. Après une escale à Panama, nous arrivons en début d’après midi à Santo-Domingo.
Trois heures plus tard, au moment d’embarquer, nous apprenons que notre vol est retardé de près de trois heures ! Trois heures qui se prolongeront encore un peu, et, finalement nous ne décollerons qu’à 22H15 au lieu de 18H35 ! La cause ? La tour de contrôle de Point à Pitre a partiellement brûlé, désorganisant ainsi tout le trafic dans la zone. Je vais demander à une hôtesse d’Air France si nous pouvons être nourris aux frais de la compagnie. Réponse affirmative ! Quelques minutes plus tard, elle revient avec des bons à échanger, d’une valeur de 300 pesos. Un calcul rapide me fait estimer ces trésors à un peu moins de huit euros, ce qui est bien maigre. Au final, ils nous serons échangés pour huit…. dollars, soit un peu plus de cinq euros ! Merci Air France. Un des collègues nous apprend alors que des amis à lui le rejoignent en Martinique ce week-end. L’un d’eux travaillant à Air France, ils feront le voyage de Paris à trois pour cent quatre vingt quatre euros…
Nous voici enfin de retour ! Que retiendrai-je de cette escapade ? Une ville où l’insécurité est grande, sauf dans les quartiers où nous résidions, une ville étouffée par la chaleur, le ciel gris et le smog, une ville où l’on ne trouve pas de chocolat : le cacao équatorien est peut-être le meilleur du monde, mais il est exporté en totalité dans les pays qui fabriquent le très fameux chocolat équatorien ! Guayaquil, la ville la plus chaude dans laquelle je suis passé, la seule où j’ai attrapé un rhume !
Je retiendrai également, avec regrets, que je n’ai pas pu, faute de temps, visiter les Galapagos, à mille kilomètres à l’ouest de la côte pacifique. Une autre fois j’espère, même si je serai le premier à me réjouir d’une interdiction totale du tourisme en ce trésor darwinien !
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