
Pierre Desproges (né le 9 mai 1939 à Pantin et mort en 88, à 49 ans, d’un cancer. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris, juste en face de Michel Petrucciani et non loin de Frédéric Chopin. Célèbre pour son humour grinçant mis en valeur par une remarquable aisance littéraire, Desproges s'est souvent illustré par ses sujets de plaisanterie inhabituels. Comme il le disait lui-même : «
On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. »
Ses traits d'humour reflètent ses positions antimilitaristes
(« Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d'entraînement, on peut arriver à en faire des militaires ») 
ou anticommunautaristes
(« Il y a plus d'humanité dans l'œil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil »
, « Anne Sinclair a déclaré qu'elle n'aurait jamais épousé un non juif ; on pourrait y voir comme une sorte de racisme » ou encore, en reprenant Georges Brassens :
« À plus de deux, on est une bande de c... » ).
Il n'hésita pas à s'attaquer aux sujets les plus sensibles, comme la religion
(« Dieu a dit : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”, c'est vrai. Mais Dieu ou pas, j'ai horreur qu'on me tutoie, et puis je préfère moi-même, c'est pas de ma faute »), la Seconde Guerre mondiale
(« L'embêtant dans la collaboration, c'est qu'il fallait dénoncer des juifs. C'est pas très joli comme occupation de dénoncer les juifs. Oui mais... dans la résistance, on dénonçait pas les juifs, mais fallait vivre avec ! ») et même sa propre maladie
(« Plus cancéreux que moi, tumeur ! »).
Il excellait à prendre son public à contre-pied des positions convenues :
« Quand je pense que je gagne en une soirée l'équivalent de trois mois de salaire d'un ouvrier spécialisé alors que tout près d'ici, et en ce moment même, Guy Bedos gagne en une soirée six mois de salaire d'un cadre ! ».
La légende voudrait qu'il ait tourné sa propre mort en dérision en rédigeant lui-même la dépêche annonçant sa mort : « Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non ? » en référence à la phrase de conclusion rituelle de sa Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Cette dépêche est en fait de la main de Jean-Louis Fournier, réalisateur de la Minute nécessaire et proche de Pierre. À la base, celle-ci devait être « Pierre Desproges est mort d'un cancer sans l'assistance du professeur Schwartzenberg », proposée par Hélène Desproges, mais les médecins lui ont fait savoir qu'elle risquait d'aller au-devant d'une polémique.
Après avoir été journaliste à L'Aurore où il se fait remarquer par ses brèves insolites à l'humour acide, il devient chroniqueur dans l'émission télévisée le Petit Rapporteur. Sa prestation dans cette émission dominicale de Jacques Martin, au côté de son complice Daniel Prévost reste dans l'esprit des amateurs d'humour noir et de cynisme.
Il fut longtemps ensuite chroniqueur dans le Tribunal des flagrants délires en compagnie de Claude Villers et de Luis Rego. Il eut aussi une chronique quotidienne sur France Inter intitulée Chronique de la haine ordinaire. Il anima en compagnie de Thierry Le Luron l'émission hebdomaire les Parasites sur l'antenne.
Il a assuré également sur FR3 une chronique intitulée La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède qui selon ses propres dires divisa la France en deux : « Les gens qui aiment et les gens qui n'aiment pas. ».
Sur les conseils de Guy Bedos, il est également monté sur scène en 1984 et 1986.
A MORT LE FOOT !! 
16 juin 1986
......Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied.
......Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.
......Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints ?
......Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grands coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?
......Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ça ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper.
......Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait : " Ah, la fille ! " ou bien : " Tiens, il est malade ", tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footballité.
......Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celle des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.
......Pouf, pouf.
Pierre DESPROGES
