JOURNAL DE BORD CUBA - ILES CAYMAN
VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER !
CUBA – CAYMAN Du 17 au 25 mai 2008
Samedi 17
Dans la perspective de ce déplacement, j’ai tout fait pour éviter les galères : j’ai même décidé d’allonger le voyage pour éviter d’avoir à monter dans un avion d’American. Me voilà donc à l’aéroport, dès le samedi matin, pour m’envoler vers La Havane, ou j’atterris vers midi trente. J’avais prévenu ma collègue en poste sur place. Elle m’a donc réservé une chambre en ville et m’a envoyé un comité d’accueil. C’est ainsi que je suis accueilli par un colonel du Ministère de l’intérieur, accompagné d’un interprète, qui me prennent en charge à mon arrivée et me déposent à la maison d’hôte, dans l’avenue 17, quartier de Vedado, à l’est du centre ville.
Le confort est spartiate – nous sommes à Cuba – mais c’est propre et l’accueil est très chaleureux. La maison est belle, spacieuse et s’ouvre à l’arrière sur un patio fleuri. Je pose mes affaires et repars presqu’immédiatement à la découverte de cette ville chargée d’histoire.
Les rues y sont numérotées, les paires étant perpendiculaires aux impaires. Pour se situer on indique le numéro dans la rue en précisant entre celle-ci et celle-là. Ainsi par exemple, on habite Avenue 13, N° 1263, entre 12 et 14. Cela permet de se repérer très facilement.
La Havane est la plus grande ville de la Caraïbe. Elle compte environ trois millions d’habitants, dont les trois quarts ont moins de vingt ans mais Cuba connait un taux de natalité alarmant (1,2) comme dans de nombreux pays développés. Le régime socialiste, malgré ses excès, permet aux habitants d’y circuler en toute sécurité et de bénéficier d’une excellente couverture sociale. La médecine y est d’un excellent niveau, comme l’éducation et la culture en général.

Je descends l’avenue 17, le long de maisons et bâtiments délabrés pour la plupart, certains étant refaits ou en cours de rénovation. Mes pas me conduisent sur le front de mer, à la hauteur de l’hôpital central, au milieu de cette immense croisette de cinq kilomètres appelée « Malecon « (jetée) mais dont le nom officiel est Avenue Antonio Maceo. Je vois d’ailleurs immédiatement le monument qui lui est dédié. Je remonte alors doucement vers le centre ville. Le soleil cogne, la chaleur est accablante : il fait 35°, évidemment, à l’ombre ! Je double l’Hôtel Nacional, le plus grand de Cuba et l’Hôtel Deauville. Côté mer, des enrochements et les fondations des digues servent de plage. Au loin, le port s’’ouvre sur la « Castillo de los tres reyes del Morro ». Les façades sont pour la plupart très abîmées, certes par le sel, mais surtout par trente années d’abandon. Après deux bons kilomètres, j’arrive au « Castillo de San Salvador de la punta ». Je bifurque à droite et emprunte le Prado. Cette longue avenue, bordée par de nombreuses maisons à colonnes et ombragée par une multitude d’arbres, propose une large bande piétonne entre les voies de circulation, où sont installés de nombreux peintres, sculpteurs et photographes, dont les œuvres, parfois douteuses, égaient la promenade.

Puis, parmi les fiacres qui attendent le chaland, je traverse le vaste et bruyant Parque Central, lieu de rencontre des Havanais, et j’admire les caryatides de la façade baroque de l’opéra, voisin du Capitole, copie de celui de Washington. Je suis sur la limite est de la Vieille Havane, où cette fois, les rues portent un nom. La « Habana Vieja » regroupe sur environ cent cinquante hectares et dans un enchevêtrement de petites rues, plus de mille bâtiments construits au seizième siècle, dont une centaine ont été rénovés ou sont en cours de réhabilitation. Elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

J’emprunte « Brazil » et descends tout droit vers la « Plazza Vieja » (place vieille), sur laquelle je m’arrête pour déguster un rafraichissement mis en musique par les balades de trois Havanais costumés. Les maisons de cette place sont rénovées lui donnant un cachet très spécial, renforcé par une grande fontaine cernée de grilles. Je repars ensuite sur ma gauche, par la rue des Officios et arrive sur la place San Francisco, la seconde plus ancienne de la Havane, où a été édifié le couvent de Saint François d’Assise.
Je continue vers la place d’Armes, la plus ancienne de la ville où de nombreux bouquinistes s’affairent devant le Palacio Municipal et la statue de Christophe Colomb. A proximité immédiate, la place de la Cathédrale délivre ses trésors de l’époque coloniale : la cathédrale, bien sûr, mais aussi la « Casa de Lombillo », le « Palacio des Marquès de Arcos » et la « Casa del Conde Bayona ».
Je remonte vers le Capitole par la rue Obispo, très commerçante, très animée, où je prends un taxi. Nous remontons lentement le Malecon, sur un air de salsa qui vient rajouter une note musicale à cette situation très caribéenne. Le temps de me détendre une heure, et ma collègue de l’Ambassade m’emmène à la Maison du Protocole où je suis reçu par un général, un dirigeant du Ministère – quand on ne précise pas, il s’agit du Ministère de l’Intérieur… - le colonel qui m’a accueilli à l’aéroport, et un interprète. Ouf !
Le temps de déguster un apéritif local à base de rhum, temps pendant lequel nous préparons notre programme de coopération pour l’année suivante, et nous passons à table pour un véritable gueuleton : crème de fruits de mers, velouté d’asperges, ENORME langouste – que je ne finis pas, c’est dire ! – et un délicieux gâteau. A la fin du repas, les cigares sont distribués, que personne n’allume, une difficile épreuve m’est donc épargnée. Enfin, au moment de prendre congé, je me vois offrir une boite de cigares et deux bouteilles de rhum local.

Au cours du repas, j’apprends entre autres que pour obtenir le droit de se loger à la Havane, les cubains doivent au préalable trouver un logement qui corresponde en surface avec le nombre de personnes composant la famille. Cette atteinte à la liberté évite des phénomènes d’exode rural massif vers la capitale, comme par exemple à Mexico où s’entassent vingt quatre millions d’habitants, et sept mille supplémentaires chaque jour, dans des conditions d’hygiène déplorables, souvent à même les décharges.
Cependant, la magnifique Havane ne peut s’enorgueillir de l’odeur désagréable qui vous suit tout au long de votre visite. Difficile à définir, il semble que cette odeur soit celle des échappements, le carburant étant probablement de très mauvaise qualité ainsi que les moteurs, bien que refaits en général, des innombrables « belles américaines », Chevrolet, Buick, Ford et Cadillac pour la plupart, qui parcourent les rues de la capitale. Le cubain préfère dit-on laisser pourrir son américaine dans son jardin plutôt que de l’emmener à la casse. De fait, au cours de ma visite, j’ai croisé de nombreux Havanais qui bichonnaient leur trésor.

Dimanche 18
J’ai rendez-vous à midi avec le Colonel pour qu’il m’emmène à l’aéroport. En attendant, je me repose dans le patio, en écoutant un concert acoustique du groupe très américain Eagles, ceci après avoir passé une partie de la matinée avec un couple de touristes australiens, de Melbourne exactement, avec qui nous avons longuement partagés nos impressions sur Cuba et sur nos précédents voyages respectifs, dans la Caraïbe et l’Amérique du Sud, dans le sud est asiatique.
A l’aéroport, nous sommes accueillis par un responsable des services de contrôle qui se charge de mon enregistrement et des formalités à l’émigration, me permettant ainsi d’éviter de piétiner dans une longue queue. Je les remercie chaleureusement et me voici en salle d’embarquement, pour deux longues heures d’attente dans une ambiance chaude et bruyante.
L’avion décolle à l’heure, pour un vol de cinquante minutes : je ne profiterai donc qu’un court moment du surclassement surprise, très probablement dû à ce responsable. Merci ! Nous nous posons à Grand Cayman, où une délégation m’attend et me réserve, là encore, un très chaleureux accueil.

Un peu plus tard, ils me conduisent à l’hôtel où je découvre que je n’ai pas de réseau pour mon téléphone. Me voici coupé du monde pour une semaine ! Heureusement, je peux me connecter via internet, mais l’addition sera salée ! Pour une fois que je n’ai rencontré aucun souci avec les vols…
Déjà, d’autres participants sont arrivés et nous nous retrouvons pour le repas : je dine ainsi en compagnie des traducteurs et de mon collègue de Washington que j’ai quitté deux semaines auparavant.
Lundi 19
Les Iles Cayman ? Un archipel dont l’île principale est Grand Cayman et donc les deux sœurs situées au nord sont Cayman Brac et Little Cayman, uniquement accessibles avec de petits avions. Environ 50 000 habitants vivent dans ces îles, paradis fiscal ou cohabitent plus de six cents banques, en faisant ainsi la cinquième puissance financière au monde. Les Iles Cayman sont toujours sous tutelle britannique : un Gouverneur y est nommé par la reine pour quatre années renouvelables, tandis que le gouvernement est élu. Tous les gouverneurs viennent d’Angleterre.
L’attraction principale des Iles Cayman, c’est Stingray City : on y nage avec les raies ! Me voici donc en train d’embarquer sur le bateau qui m’emmène vers le site, entre West Bay, où se situe mon hôtel, et Rum point à l’est. Nous longeons un canal, le long duquel quelques iguanes bleus se prélassent, nous passons une mangrove et débouchons pleine mer. Une trentaine de minutes plus tard, le bateau s’arrête. Je chausse mes palmes, enfile masque et tuba et plonge pour une trentaine de minutes de rêve dans Coral Garden, où les couleurs du corail et des gorgones se marient en une parfaite harmonie avec celles des centaines de poissons. Une raie d’environ deux mètres d’envergure s’approche soudain. Je la prends en filature et nous nageons ensemble quelques minutes. Je passe sous son ventre blanc découvrant une gueule impressionnante, mais je sais que ces poissons ne sont jamais agressifs.

Le bateau repart et s’arrête un peu plus loin au lieu dit « Barrier reef ». Je replonge et cette fois l’eau limpide est si peu profonde qu’il faut prendre garde à ne pas se blesser en nageant au dessus des massifs de corail. Ici, les poissons sont moins nombreux mais les coraux sont d’une étonnante variété. Comme au Coral Garden, j’ai l’impression de nager dans un film de Cousteau : j’enregistre le plus d’images possible et c’est sûr les garderait en mémoire tout ma vie.

Le troisième arrêt, c’est Sand Bar. L’eau n’est profonde que d’un mètre environ et des dizaines de raies, d’environ un mètre cinquante, attendent les touristes. Dès qu’ils entrent dans l’eau, elles viennent les bousculer, en signe d’amitié, mais cette affection est tout de même intéressée car pour ceux qui veulent prendre le risque, il est possible de les nourrir. Ainsi, les raies viennent réclamer leur calmars : je tente l’expérience, en ayant bien soin de rentrer le pouce, et gâte ainsi trois gourmandes qui du coup reviennent me solliciter. Ensuite, chacun à son tour, prend une raie dans les bras et l’embrasse, tradition qui promet sept années de bonheur.

L’après-midi, après avoir travaillé, je décide d’aller nager le long de cette magnifique plage. La mer est relativement agitée, mais le bassin de l’hôtel est balisé par des flotteurs, ce qui me permet, une bonne heure durant, de profiter d’une houle qui me berce et me taquine à la fois.
Le soir, je rejoins quelques collègues pour un repas très amical et très international : les Pays Bas, la Colombie, Curaçao, la Barbade et donc la France sont représentés ! Nous terminons la soirée dans un autre hôtel où un orchestre local nous ravit avec une musique matinée de zouk et de reggae, également influencée par les mélodies européennes de style… Abba !
Mardi 20
Ce matin, j’ai réservé un circuit en bus. Nous partons à neuf heures et commençons par remonter vers le nord, le long de la « seven miles beach », qui n’en compte plus que cinq et demi, depuis que le 12 septembre en 2005, le cyclone Yvan, un ouragan de catégorie 5, a soufflé tout le sable, ne laissant affleurer que des enrochements et séparant ainsi en deux cette immense plage de sable blanc. Plus loin, le guide nous indique une maison, la plus ancienne de l’île, construite en 1912 et qui se résume à quelques chambres : pas de sanitaires ni de cuisine ! Nous visualisons ensuite les dégâts occasionnés par l’ouragan qui a détruit une grande partie des habitations. Depuis, certaines sont abandonnées, d’autres refaites à neuf. Il nous explique aussi que c’est là qu’a été tourné le film « La Firme », avec Tom Cruise et Gene Hackmann. Nous continuons de monter jusqu’à la pointe nord, Boatswain’s Bay, et nous nous arrêtons à la ferme des tortues. Le prix du billet n’inclut que la visite des bassins d’élevage ou grandissent des centaines de tortues géantes de diverses espèces, mais principalement la tortue verte, qui doit son nom a sa chair : le régime végétarien de cette tortue finit par colorer la chair en vert. On y trouve aussi l’espèce la plus agressive et la plus menacée de disparition. Je surprends un iguane gris qui passait par là, à la recherche d’œufs à dévorer, avant de retourner doucement vers sa cachette.

Nous traversons ensuite un quartier mal famé avant d’arriver en enfer. « Hell » est en effet le nom de ce quartier où une boutique de souvenirs tenue par le diable en personne propose aux touristes une camelote bariolée. L’intérêt de ce site n’est pas là ! Il ne faut pas manquer les quelques mètres carrés d’où surgissent d’étranges sculptures naturelles, faites d’une pierre calcaire noire qui parait fragile mais qui est en réalité très solide. Si on frappe dessus avec un caillou, on entend un surprenant son métallique ! Certains guides, pas très malins, faisaient croire aux touristes qu’il s’agit de corail noir, provoquant ainsi le pillage du site ! Depuis, il est formellement interdit d’en prélever le moindre échantillon.

Nous redescendons vers le sud, le long d’une route bordée d’immenses villas, dont le prix moyen est de deux à trois millions de dollars de Cayman, soit environ 2,4 à 3,6 millions de dollars américains, et qui disposent chacune d’un quai privé le long de canaux qui servent également d’abris à leurs nombreux bateaux. Elles appartiennent généralement à d’anciens notables américains retraités : l’une d’elles est la propriété de Bill Gates. Sur le chemin de George Town, nous passons devant le magnifique Golf, pour lequel un accès privé direct de l’hôtel de luxe tout proche permet aux riches sportifs de ne pas devoir emprunter la route publique…
George Town est une ville récente, moderne, colorée, propre, agréable. Au large, un paquebot attend le retour des croisiéristes, offrant un étonnant contraste avec les étals de pêcheurs qui vendent leurs poissons du jour. Nous terminons la visite par un crochet à la fabrique de rhum et Rum cakes Tortuga, mondialement connue parait-il.
Au fil du parcours, le guide nous explique que les anglais, dont Cayman ne souhaite pas s’affranchir, imposent une discipline stricte : du jardin d’enfants à l’université, tout le monde porte l’uniforme et il est interdit de porter des bijoux, une coupe de cheveux trop excentrique, ou d’arborer un tatouage. De même, tout délinquant condamné se verra par la suite refuser le visa qui lui aurait permis de voyager vers les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Canada.

Je consacre l’après-midi à du travail en retard et à dix huit heures – fini les vacances - un défilé de drapeaux sur la « Musique pour les feux d’artifices royaux » de Haendel donne le signal de la cérémonie d’ouverture de la conférence. Une chanteuse enchaine a capella avec le God Save the Queen et l’hymne des Iles Cayman avant de céder le micro pour la prière puis la lecture des Ecritures. Dieu est avec nous, tout se passera bien. Puis il faut endurer quatre long discours convenus – et bla bla bla, et bla bla bla…. – une remise de récompense et un mini spectacle culturel : quelques enfants dansent sur une musique irlandaise puis sur une musique locale. Il ne reste plus qu’à poser pour la photo officielle et nous nous retrouvons autour d’un cocktail avec force fromages et légumes. Heureusement, tout ceci ne s’éternise pas et je suis de retour vers vingt et une heures.
Mercredi 21
Conférence, pause, conférence…. et excellent repas dans un restaurant situé dans une des rares zones de l’île conservée à l’état sauvage. La grande table à laquelle je suis assis est occupée majoritairement par des hispanophones et nous sommes trois français. Juste avant que le repas soit servi, il nous faut entendre et respecter le bénédicité : « Baissons la tête et recueillons-nous pour prier ». Tous baissent la tête et prient, sauf les français… et je remarque le délégué cubain, juste en face de moi, qui non seulement ne baisse pas la tête, mais la dresse fièrement, comme en un signe de défi !
Après une longue mais intéressante après-midi de conférence, pause, conférence, nous nous retrouvons à quelques hectomètres de l’hôtel, dans un restaurant de plage où nous dégustons des spécialités locales : une « bouillabaisse », en français dans le texte qu’on appelle ici « Fish Tea », des « conch fritters », boulettes de lambis, du poulet et des crevettes accompagnées de sauces locales et du yuka. Eh oui, ça se mange ! C’est bourratif, moyennement bon, mais ça se mange ! L’orchestre, un steelband ne joue pas trop fort, ni la sono après leur prestation. Je passe donc une excellente soirée, plus internationale que jamais.

Jeudi 22
Encore une pénible matinée car les sujets abordés ne me concernent que de loin. J’en profite toutefois pour échanger des projets de collaboration avec les représentants japonais et dominicains. Le repas de midi n’a aucune saveur : la parole est en effet monopolisée par un commercial qui tente de vendre son produit au représentant jamaïcain et qui reprend la parole et sa démonstration chaque fois que les autres délégués tentent une diversion. Heureusement, la soupe est bonne, très épicée, mais savoureuse.
Après le déjeuner, la conférence et réservée aux membres de droit, je peux donc disposer de mon après-midi, ce qui compensera quelque peu mon second jour férié travaillé du mois (voir Washington) : en effet, le 22 mai, jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage, est férié en Martinique. J’en profite donc pour travailler jusqu’à seize heures, puis j’enfile mon maillot, m’enduit comme je peux le dos de crème, et je descends à la plage. Les vents sont soutenus et en entrant dans l’eau, je me rends compte que la mer est cette fois très agitée : les vagues sont hautes et à quarante cinq degrés par rapport à la côte, mais elles ne m’empêchent pas de nager plus d’une heure, dans des conditions pour le moins houleuses, c’est le cas de le dire !

Le soir, nous partons manger à Boatswain’s Farm, la ferme des tortues. Cette fois, j’ai accès aux cascades puisque le restaurant et juste en face. Le dîner est excellent, même si la chair de tortue en ragoût me laisse un peu pantois, et j’en profite pour discuter zoologie, tortues en particulier évidemment, avec la guide, native de Montréal. Nous passons donc rapidement au français, ce qui permet d’approfondir le sujet. Cette conversation, très enrichissante, sera de loin le meilleur moment d’une soirée agréable, animée par une musique entrainante, très teintée de reggae : la Jamaïque est toute proche, ça se sent !
Vendredi 23
La clôture de la conférence est prononcée vers quatorze heures et le président nous convie à seize heures pour un tour de l’île en bus. Charmante intention, mais malheureusement cette excursion sera un des plus mauvais moments de la semaine : trois heures de bus pour pas grand-chose…
Nous partons par le sud et nous arrêtons pour la première fois sur le site de « Pedro » d’où nous pouvons voir la mer qui vient frapper la côte d’une houle soutenue. Nous repartons et nous arrêtons cette fois à Bodden Town, la première capitale de l’île où il n’y a rien à voir mis à part la mer et les bâtiments détruits par Ivan. Nous repartons vers « Blow hole » : la mer s’engouffre sous les rochers et en jaillit violemment par de petits trous naturels, un peu comme un geyser ou le souffle d’un évent de baleine. C’est à ce moment qu’on nous distribue gracieusement un cassava cake, une spécialité locale de type pudding-étouffe chrétien. Ca cale, mais c’est tellement sucré que je ne le finis pas. Nous nous arrêtons enfin sur le site “wreck of the ten sails”. Le 8 février 1794, dix navires marchands à voile ont sombré après s’être éventrés sur la barrière de corail, à quelques centaines de mètres des côtes de l’East End, pointe est de Grand Cayman. Contrairement à la légende, le prince William, futur roi William IV, n’était pas à bord. Les habitants de Cayman ont courageusement secouru de nombreux marins. Ce courage a été récompensé par l’octroi, par le roi George III, du statut de zone franche pour l’archipel.

Enfin, nous roulons longtemps et rentrons en passant pare le nord. Fatigué par la chaleur, l’ennui et ces longues heures de routes, je profite de cette non-soirée pour préparer ma valise.
Samedi 24
En salle d’embarquement, je retrouve quelques uns des participants à la conférence. Au fil de la discussion, l’un d’entre eux m’apprend que les cigares de Cuba – et donc le rhum je présume – sont prohibés aux Etats-Unis. Mince ! Je décide donc à l’avance d’abandonner mes cadeaux en cas de contrôle. Je verrai bien. Dans le pire des cas ce ne sera pas mon premier souci à Miami…
Le vol part à l’heure. Un vol magnifique ! Après avoir admiré Grand Cayman vu du ciel, je survole quelques ilets perdus au beau milieu d’une mer turquoise, puis la pointe ouest de Cuba et enfin les Bahamas. Un peu plus tard, le commandant nous informe qu’à cause d’une tempête sur Miami et un trafic chargé, nous devons nous détourner vers l’ouest et attendre notre tour pour atterrir. Ceci me permet, grâce à la vitesse réduite de l’appareil, de découvrir en détail les Everglades et leur enchevêtrement de rivières et marais : très impressionnant. Finalement, nous nous posons quand même à l’heure et je bats le record de rapidité à l’aéroport : vingt minutes à peine me suffisent pour franchir l’immigration, récupérer ma valise et passer la douane ! Je saute immédiatement dans un taxi et j’arrive à l’hôtel en un clin d’œil. Quarante minutes à peine se sont écoulées entre l’atterrissage et mon entrée dans ma chambre. Si seulement cela pouvait aller aussi vite quand j’ai une correspondance…

Seul bémol, mon collègue qui devait me rejoindre et m’accompagner à Miami Beach a finalement un empêchement. Je passerai donc la soirée seul. Des trombes d’eau s’abattant sur la ville, je n’ai guère de regrets. Je mange donc au restaurant de l’hôtel où, après m’être régalé avec des pâtes aux crevettes avec une sauce aux câpres et aux herbes, je discute avec le responsable, Maxime, un jeune français issu d’une école hôtelière en stage pour dix huit mois.
Dimanche 25
La navette de l’hôtel me dépose en avance à l’aéroport, vers sept heures trente. L’enregistrement se passe sans le moindre souci, tout comme les vols successifs vers Port au Prince en Haïti, Pointe à Pitre et finalement Fort de France où je récupère ma valise, intacte.
Les iles Cayman sont magnifiques, et le mot est faible. Mais pour rien au monde je n’aimerais y vivre : c’est chaud, c’est plat, il n’y a rien à voir que de longues plages de sable blanc sur la côte ouest. Mais quand je serai milliardaire, je changerai sûrement d’avis. Milliardaire, et américain…

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Dernière mise à jour de cette page le 29/05/2008