JOURNAL DE BORD - CUBA - JUIN 2009

ADIEU CUBA

La Havane, du 29 mai au 6 juin 2009

 

 

 

Vendredi 29 mai

 

Les liaisons aériennes étant ce qu’elles sont au départ de la Martinique, nous sommes contraints de décoller dès ce vendredi pour Cuba pour ce qui sera mon dernier voyage professionnel dans la zone. Nous partons donc à la mi-journée et après un vol au cours duquel nous nous verrons servir un repas très médiocre – le vin était cependant buvable -, nous nous posons à l’aéroport de La Havane. Nous y sommes accueillis par notre « ami » Ernesto accompagné de Yaéline, qui comme l’an passé, assurera la traduction. Notre collègue n’a pu se déplacer, un violent orage ayant inondé son quartier et immobilisé sa voiture. Nos hôtes nous conduisent dans un luxueux hôtel, au bord de l’océan. Nous y prenons une collation au salon en attendant l’arrivée d’autres collègues, venus de Paris et Mexico, qui n’arriveront qu’à minuit. Nous buvons un dernier verre tous ensemble avant de rejoindre nos chambres respectives, au dernier étage, dans la partie réservée aux VIP.

 

Samedi 30

 

Nous nous retrouvons à 8H30 dans une salle à manger, réservée aux clients de l'étage, pour un déjeuner... royal ! Nous prenons ensuite la route pour Las Terrazas, dans la Sierra Rosario, une ancienne plantation de café en bordure de lac, aménagée en village collectif, au coeur d’un parc naturel. Nous y apprenons comment les esclaves séchaient le café, selon la méthode sèche ou la méthode humide, accompagnés de piverts, de merles moqueurs à pattes rouges ou encore d’urubus à tête rouge. Nous y admirons de magnifiques fleurs dont la « mariposa », fleur papillon devenue l’emblème du pays depuis que les femmes l’utilisaient pour y dissimuler des messages dans leur chevelure. Nous faisons une halte sur les rives de la rivière San Juan qui propose ses piscines naturelles aux nombreux baigneurs. Nous déjeunons sur place. Au menu, une estufada cuite au fois de bois, du poulet grillé, des haricots noirs, du riz et une glace orange-ananas. Nous sommes de retour à l’hôtel vers 15H30. L’accès à la mer est interdit, nous nous rabattons donc sur l’immense piscine – plus de cent mètres – malgré le temps couvert. Nos collègues mexicains nous offrent ensuite l’apéritif sur l’immense terrasse de leur chambre : tequila, glace, citron, pour un moment très convivial. Enfin, le soir, nous nous rendons au Palio, un restaurant privé (les propriétaires ont le droit d’y servir douze couverts chaque soir) où nous nous régalons de divers produits de la mer : cevice, poulpe, crabe, tortue… le tout arrosé d’un délicieux carmenere chilien. Nous partons ensuite pour le Cécilia, une boite où l’on donne un concert de musique cubaine, mais refroidis par la longueur de la file d’attente, nous renonçons.

 

 

Dimanche 31

 

Ce matin, nous partons pour la Havana Vieja, le centre historique de la capitale, magnifique sous la lumière si particulière des Caraïbes et les assauts d'un soleil de plomb. A 14H, nous partons pour les Playas del Este, les plages où se retrouvent les Cubains mais très peu fréquentées par les touristes : un policier viendra d’ailleurs nous mettre en garde, s’étonnant de notre présence. L’absence de touristes explique probablement la saleté indescriptible des plages : des milliers de cannettes jonchent le sable, gâchant un endroit pourtant splendide. Le temps se gâte, puis tourne à l’orage. Nous nous réfugions dans un restaurant où après une heure d’attente, on nous servira des poissons quasi avariés que nous ne mangerons évidemment pas. La climatisation est si forte que nous nous couvrons tous de nos serviettes de bain ! Au moins nous sommes à l’abri des trombes d’eau qui s’abattent désormais. Nous décidons de passer la soirée à la Casa de la Musica, mais les orages sont si forts qu’aucun taxi n’acceptera de bouger. Nous nous empilons donc à huit dans la 407 réparée de la collègue, mais au bout de cent mètres, nous devons renoncer : les rues sont trop inondées et puis par ce temps, il n’y aura personne, ce sera même probablement fermé. Après un tour de parking et un énorme fou rire, nous nous retrouvons dans un des excellents restaurants de l’hôtel où nous passons malgré ce contretemps une excellente soirée.

 

 

Lundi 1er juin

 

Le lundi de Pentecôte n’est pas férié ici, la conférence peut donc commencer. Mais la chaleur est toujours aussi intense, 35° : malgré la mini-bouteille d’eau que j’avale durant la matinée, je suis déshydraté et souffre d’une atroce migraine. Une bonne douche et deux cachets plus tard, nous nous retrouvons à la Casa de Protocol où le général nous attend pour le traditionnel repas de bienvenue : cette fois, pas de rutabagas ni de gâteau au maïs, mais une langouste à la mariposa (ouverte) et les éternelles blagues sexistes du général. Nous passons quand même une nouvelle bonne soirée.

 

 

Mardi 2

 

Après une deuxième journée de conférence entrecoupée d’un étonnant repas japonais, nous décidons de débuter la soirée à l’excellent restaurant Templete, mais nous sommes un peu déçus. La cuisine (carpaccio, friture de poisson…) est en effet loin d’être aussi bonne que l’an passé. Nous partons ensuite pour le Jazz Café, sur le Malecon. A peine avons-nous payé le taxi que celui-ci nous rappelle, avançant que nous n’avons donné que six CUC au lieu de sept (en gros un CUC équivaut à un euro). Le collègue est sûr d’avoir donné le compte juste, mais pour ne pas faire d’histoires, il se laisse faire par ce chauffeur peu scrupuleux. Nous entrons dans la boite et donnons chacun dix CUC à l’entrée. A peine installés à notre table, juste devant les musiciens, l’employé vient nous annoncer que l’un d’entre eux nous n’a pas payé. Il nous fait le même coup que le taxi! Nous tentons de le convaincre de son erreur, mais devant son insistance, nous décidons de réclamer nos « soixante dix » CUC (nous sommes huit et avons bien sûr tous payé), nous quittons l’établissement, sous le regard à peine surpris des autres clients. Nous décidons donc d’acheter des bières et de les boire le long du Malecon, comme le font les cubains. Incroyable mais vrai, la vendeuse tente elle aussi une manoeuvre pour nous extorquer quelques CUC, mais cette fois, ça ne marchera pas. La collègue nous explique que cette attitude, « la multa », est courante, les gens tentant de se débrouiller comme ils peuvent pour grappiller quelque argent, les fins de mois étant très difficiles ici, surtout les vingt derniers jours ! Le sketch de Coluche est ici une triste réalité. Après épuisement des carnets de rationnement, c’est le système D qui prévaut, sous l'œil bienveillant des autorités qui laissent faire tant que le trafic ne prend pas d’ampleur. Deux musiciens, guitariste et percussionniste, jouent quelques morceaux de musique traditionnelle contre quelques pièces, honnêtement gagnées celles-ci.

 

 

Mercredi 3

 

La conférence se termine déjà, avec le discours d’un colonel en treillis qui nous présente ses condoléances et rendra un vibrant hommage aux victimes de la catastrophe du vol 447 d’Air France. Nous nous retrouvons ensuite pour le traditionnel cocktail de clôture, autour d’un buffet plus spectaculaire que bon : les huîtres préparées sont pour le moins spéciales et la salade est d’une surprenante fadeur, le reste à l’avenant. Le temps est toujours très orageux mais nous retrouvons quand même autour de la piscine avant l'apéritif quotiien au ron obscuro, rhum vieux local. Un très violent orage éclate alors qui nous oblige à quitter la terrasse de la chambre. Le ciel est d’un noir biblique, un mur d’eau masque les bâtiments voisins. Les éclairs sont simultanés aux fracassants coups de tonnerre, la foudre s’abattant à quelques mètres de l’hôtel. L’épisode dure une heure environ, interdisant toute conversation sur un autre sujet. Enfin, le ciel s’éclaircit et laisse la place à un timide crépuscule. Un peu plus tard, nous dînons à la Guardita, un étonnant restaurant perché au troisième étage d’un immeuble délabré d’une rue miteuse. Derrière une porte cochère, un drapeau cubain peint en fresque et une statue nous accueillent au pied d’un escalier en marbre. Au premier étage, du linge sèche derrière des fenêtres absentes. Le repas y est excellent, en particulier le poulet au curry lui aussi arrosé d’un carmenere. Sur le chemin du retour, nous passons devant le musée de la révolution et le « Granma », un yacht en bois de soixante pieds, conçu pour accueillir une vingtaine de passagers, à bord duquel Castro et Guevara, accompagnés de quatre vingt combattants dont Raul Castro ont quitté le Mexique le 25 novembre et débarqué à l'est de Cuba le 2 décembre 1956.

 

 

Jeudi 4

 

Ce matin, nous avons rendez-vous avec un diplomate de l’Ambassade qui nous expliquera la politique économique du pays, ses avantages et inconvénients, et plus généralement la position géopolitique de Cuba et ses relations tumultueuses avec les Etats-Unis. C’est ensuite l’ambassadeur en personne qui nous reçoit courtoisement. L’après-midi, nous visitons la fabrique de cigares Partagas où sont roulés les havanes les plus réputés : Roméo et Juliette, Cohiba, pour ne citer qu’eux. Malheureusement, nous ne sommes pas autorisés à photographier les différentes phases de la fabrication. Nous y apprenons que le cigare est composé de quatre feuilles différentes, pour la saveur, le pouvoir de combustion, la force et bien sûr la cape, sur laquelle en fin de chaîne une ouvrière fixera la bague avec une colle à base de farine. Le soir nous prenons l’apéritif dans un haut lieu de la Havane, les jardins de l’hôtel Nacional, où se retrouvaient les magnats de la pègre durant la dictature et où sont alignées les photos des très nombreuses et très diverses célébrités qui y ont séjourné, parmi lesquelles Tyrone Power, Gary Cooper, Rita Hayworth, Errol Flynn, Johnny Weissmuller, Nat King Cole, Winston Churchill, Marlon Brando, Ernest Hemingway, Frank Sinatra, Ava Gardner ou encore… Robert Plant ! Les autorités cubaines ayant un important anniversaire ce soir, nous sommes conviés à un repas de gala dans un autre établissement historique, le Habana Libre. Notre collègue nous fait alors l’immense surprise de nous conduire au 22èmè étage, où une employée de l’hôtel nous fait pénétrer dans la suite où vécut Castro pendant trois mois à partir du 8 janvier 1959, jour de la prise de la Havane. Le mobilier est d’époque: lits bureaux fauteuils, canapés... L’émotion est intense. La vue sur la baie, le Malecon et la ville de la Havane est grandiose, magnifiée par un crépuscule aux couleurs chatoyantes. Nous entrons ensuite dans l’immense salle de restaurant qui nous est réservée. L’éclairage est tamisé conférant à l’endroit une ambiance très années 50 avec de longues nappes blanches sur de grandes tables rondes, une vaisselle en argent et des musiciens qui jouent des standards de l’époque parmi lesquels « Les feuilles mortes », « La vie en rose » ou « Besa me mucho ». La cuisine est digne des plus grands chefs avec par exemple un gaspacho de concombres et oignons, un cevice de mérou et crevettes, des paupiettes de bœuf farcies à l’estouffade et une glace chocolat-vanille-raisins, mis en valeur par un excellent vin blanc Esmeralda, toujours ce fameux carmenere et un excellent champagne. Le repas se termine sans surprise avec des Cohiba « Maduros 5 », sans doute les meilleurs cigares du monde et un sublime rhum hors d’âge.

 

 

Vendredi 5

 

Après l’inoubliable repas d’hier soir, un peu de marche ne nous fera pas de mal. Nous retournons à la vieille Havane puis au restaurant italien de l’hôtel, tandis que les orages reprennent. Les premiers départs ayant eu lieu l’après-midi, nous retrouvons en comité réduit le soir dans un restaurant espagnol, lui aussi tapi au troisième étage d’une bâtisse cette fois bien entretenue, impossible à dénicher pour qui n’en connaît pas l’adresse : la « Gaita ». La soupe commandée en entrée – trois CUC ! - est si copieuse que nous aurions pu nous en contenter. Après avoir à peine touché à nos assiettes de porc ou de langouste, nous renonçons au dessert.

 

 

Samedi 6

 

La semaine se termine. L’avion décolle avec une heure de retard due au respect des temps de repos de l’équipage, l’avion étant arrivé tard hier soir. Ce retard était donc prévisible mais l’avion était cependant annoncé à l’heure… De nombreuses turbulences nous secouent pendant les trois heures de vol : on pense immanquablement au vol Rio-Paris, mais heureusement tout se passe bien et nous arrivons sains et saufs dans l’après-midi à l’aéroport de Fort de France.

 

 

Placé sous le signe de l’amitié, de la convivialité, de l’émotion, de l’histoire, ce séjour à Cuba, pays unique en pleine transition politique, termine en beauté une série de voyages inoubliables. L’avion s’est posé il y a plusieurs heures déjà, mais je suis loin d’avoir atterri. Je ne sais combien de temps cela prendra, mais cela m’importe peu. En ai-je seulement envie ?

 

Commentaires (2)

2. camelice Le 07/10/2009 à 11:29

C'est tout le mal que je te souhaite !

1. Olivier DEBUIRE Le 06/10/2009 à 21:05

Lien vers le site web de Olivier DEBUIRE Envoyer un e-mail à Olivier DEBUIRE
Salut Stéphane, j'espère connaitre à mon tour Cuba. Je devrais y aller l'année prochaine avant de quitter la Martinique.Smiley
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Dernière mise à jour de cette page le 08/08/2009

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