JOURNAL DE BORD CUBA - OCTOBRE 2008

 

¡HASTA LA LIBERTAD SIEMPRE!

Cuba – du 18 au 25 octobre 2008

 

 

 

 

Samedi 18

 

Nous arrivons à la Havane à 13H30, en provenance de Santiago via Panama, après une longue nuit de vol. Nous sommes accueillis par un colonel en treillis dont les nombreuses décorations colorées tranchent sur le vert. Il nous emmène au salon VIP où nous attendons nos bagages. Nous embarquons une demi-heure plus tard dans un minibus qui nous emmène à Varadero, une station balnéaire à deux bonnes heures de route. Ernesto, un fonctionnaire du Minint, le Ministère de l’intérieur, nous accompagne. Après avoir fait une halte pour nous restaurer quelque peu, nous arrivons en fin d’après-midi à l’hôtel Mélia, somptueux endroit où nous resterons jusqu’à demain après-midi. Ma chambre donne sur le magnifique golf et, plus loin, sur l’Atlantique. Ce séjour, gracieusement offert par les autorités cubaines est fort agréable, même si la présence constante d’Ernesto nous fait vite comprendre qu’on nous a emmenés là pour mieux nous surveiller, pour savoir où nous sommes. Qu’à cela ne tienne, nous profitons avec gourmandise du buffet et du bar, avec une pensée pour le peuple cubain, qui subit une pénurie alimentaire depuis le passage récent des ouragans Gustav et Ike. Nous apprendrons par la suite qu’à la Havane, pourtant épargnée par les cyclones, la population manque également de tout. En effet, le gouvernement veut à tout prix éviter que les habitants des zones touchées convergent vers la capitale dans l’espoir d’y trouver de la nourriture. Aussi, la pénurie a-t-elle été organisée délibérément, et le marché noir est sévèrement puni. Un « trafiquant » d’œufs, surpris par la police, sera immédiatement conduit en prison, après un procès express, à même la rue : à peine appréhendé, aussitôt enfermé !

 

 

Dimanche 19

 

En retard dans mon travail, je remonte en chambre après le petit déjeuner, tandis que mes collègues, toutes féminines cette semaine, profitent allègrement des joies de la plage ensoleillée. Nous repartons aussitôt après le repas pour la Havane. Nous nous arrêtons à nouveau en route, et alors que je patiente pour satisfaire ce que l’on nomme pudiquement un besoin naturel, qu’elle n’est pas ma surprise de voir un couple sortir des toilettes pour hommes ! Avant de me laisser entrer, un employé jette un seau d’eau en guise de chasse. Notre nouvel hôtel, cette fois 100% cubain, présente un décor très stalinien, mais semble confortable. Ernesto nous y abandonne enfin…

 

 

Lundi 20

 

La cérémonie d’ouverture débute avec l’hymne cubain suivi de la Marseillaise. J’avais préparé mon discours, toujours le même, mais je suis soulagé d’apprendre que seul le général s’exprimera. Heureusement, car faute d’imprimante, j’ai juste eu le temps d’en coucher les lignes directrices sur un morceau de papier. En revanche, je n’échappe pas à mon exposé que je fais durer, le programme étant léger pour cette matinée. A table, le steak servi me fait immédiatement regretter la semaine précédente : aucune comparaison entre le « beurre » chilien et la « semelle » cubaine. En début d’après-midi, nous sommes accueillis par le général qui nous expose, dans une parfaite langue de bois, une version très cubaine de la situation géopolitique de la zone. Il nous reçoit le soir dans une « maison de protocole » où lors de mon passage éclair en mai dernier, j’avais pu apprécier la fameuse langouste cubaine. Cette fois, pénurie oblige, il en est tout autrement : en entrée, nous avons deux coquilles d’huitres farcies de fromage genre Boursin ou Rondelé. Aucun d’entre nous n’est aujourd’hui capable d’affirmer qu’il y avait de l’huitre dans cette mixture douteuse. Nous utilisons bien des coquilles Saint-Jacques vides comme cendriers, alors pourquoi pas des huitres comme ramequins ! Ensuite, on nous apporte une soupe un peu pâteuse, au goût étrange. Après quelques questions sur sa composition, nous réalisons que nous mangeons des rutabagas ! La viande qui nous est servie ensuite est à l’image des entrées et le repas se termine en apothéose : un gâteau de maïs, avec des grains entiers pour décorer… La conversation se focalise sur la regrettable conduite des américains suite aux ouragans – ça alors ! – et sur les Santarios, espèces de sectes qui se développent à Cuba. Nous sommes ensuite raccompagnés à l’hôtel, sous la « protection » constante d’Ernesto. Nous sommes en résidence surveillée…

 

 

Mardi 21

 

Le petit déjeuner est à l’image de la situation du pays. Presque rien à manger, rien d’appétissant en tout cas. Le temps de m’écarter du bruit pour passer un coup de fil et mon assiette et déjà enlevée. Tant pis, je reprends quelques fruits car le pain est au mieux rassis, au pire moisi ! Le midi, notre collègue en poste sur place fait un véritable scandale au restaurant se plaignant des portions miséreuses qui nous sont servies – les employés mettent de côté le reste des portions pour leur famille – ce qui nous vaudra un traitement relativement meilleur par la suite. Le soir nous décidons de prendre un taxi pour nous échapper et diner en ville. Le portier, qui rend compte en temps réel à Ernesto, arrache littéralement des mains de ma collègue le papier sur lequel est écrite l’adresse du restaurant. Il nous escorte jusqu’au taxi, avec un de ses collègues, et indique au taxi que nous sortons juste pour manger. Le taxi nous donne alors un tarif aller-retour ! Sa Lada, vieille de trente ans nous dit-il, nous emmène vers le centre dans une insupportable odeur d’essence. Heureusement le cadre du restaurant est très sympathique et nous nous vengeons sur les poulpes et autres délices. C’était trop beau. Décidés à bien manger nous avons commandé des langoustes, mais je suis obligé de renvoyer la mienne qui dégage une forte odeur d’ammoniac ! Dès lors le doute s’installe et je n’apprécie pas sa remplaçante à sa juste valeur. Alors que nous revenons d’une semaine au Chili pendant laquelle j’ai visité le Casillero del Diablo, c’est justement ce vin qui nous est proposé, et il se révèle correct malgré tout (voir journal de bord « Santiago »). Par trois fois le taxi vient nous chercher jusque dans le restaurant jusqu’à ce que la collègue excédée lui paie la seconde moitié de sa course et le renvoie !

 

 

Mercredi 22

 

Ce matin, la moitié de l’équipe est conviée à une visite des installations portuaires et en particulier les terminaux conteneurs et croisières. Pendant ce temps, une des collègues décide d’aller se promener dans le quartier de l’hôtel. Très vite, elle s’aperçoit qu’elle est suivie… Le repas est toujours aussi limite, en qualité comme en qualité. De plus le service est très lent avant de s’accélérer subitement au point les plats sont servis alors que les entrées ne sont pas terminées ! Nous discutons d’un séjour précédent auquel je ne participais pas, au cours duquel les collègues avaient eu la preuve qu’ils étaient espionnés dans leur chambre. Il est donc fort probable que des micros aient été installés à l’hôtel. L’après-midi, je travaille dans ma chambre, sur internet, seul. En principe.

 

Le soir, nous dinons de nouveau en ville avec le général et toute une délégation cubaine. Cette fois, enfin, les fruits de mer et langoustes sont frais. Frais et succulents !

 

 

Jeudi 23

 

Après une journée de conférence banale entrecoupée d’un repas banalement mauvais, nous nous rendons à la Havane pour assister au coup de canon quotidien dans la forteresse de la Cabaña. La « Ceremonia del canonazo » a en effet lieu tout les soirs, et c’est un but de sortie pour de nombreux habitants de la capitale. Avant la cérémonie, nous visitons le musée dédié au Che Guevara qui tenait ici même ses quartiers généraux. Nous nous promenons alors d’une exposition à l’autre, sur la vie de Guevara, de son enfance à sa mort. Le Che que certains appellent le « Boucher de la Cabaña » le tenant personnellement responsable de centaines d’exécutions dans les prisons cubaines. Une salle revient sur l’affaire de la Baie des Cochons qui en 1962 a failli dégénérer en troisième guerre mondiale. Nous y verrons aussi une collection d’armes et armures de l’époque de la colonisation ainsi que le bureau du héros de la Revolucion. La cérémonie, après une dizaine minutes de préparation par des gardes en uniformes du XVIIIème  siècle, se termine à 21h pile, avec le coup de canon. Pile car à l’origine, ce coup de canon servait à indiquer l’heure exacte aux habitants de la ville. Nous nous dirigeons ensuite vers la cathédrale et, dans une rue voisine, vers la Bodeguita del Médio, un haut lieu de la vie havanaise. C’est un petit restaurant où l’on écoute des orchestres cubains. De nombreux cadres avec la photo des visiteurs de marque qui sont venus s’y restaurer (Allende par exemple, décidément !) sont accrochés aux murs, des murs sur lesquels des milliers de graffitis s’enchevêtrent artistiquement. Chacun, d’ailleurs, est encouragé à inscrire son passage dans la postérité : des marqueurs sont à la disposition des clients. Nous y mangeons correctement et l’heure tardive nous convainc de rentrer directement à l’hôtel, après une bonne soirée.

 

 

Vendredi 24

 

Comme souvent, c’est le jour de la cérémonie de clôture et je me lance désormais confiant dans mon discours en espagnol que je connais désormais presque par cœur, mais que je dois toutefois adapter à chacun des pays où je le prononce. Mais auparavant, nous décidons de lancer une discussion avec les participants puisque nous n’en n’avons pas eu l’occasion au cours de la semaine. En effet, à chaque pause, nous sommes « guidés » vers un salon qui nous est réservé. L’échange est donc impossible. Mais à peine avons-nous répondu à la première question que deux officiers en uniforme pénètrent dans la salle. Bizarrement, il n’y a pas d’autres questions. La cérémonie peut se dérouler, avec les échanges habituels de cadeaux et de diplômes. Elle se termine à la maison du protocole devant un buffet cette fois assez bien garni.

 

L’après-midi étant libre, nous sommes conviés à une visite de la Vielle Havane, toujours sous escorte. Malheureusement il fait gris, malheureusement mes collègues souhaitent faire des achats. Nous passons donc la majeure partie du temps dans un marché à bibelots, instruments de musique et toiles le plus souvent d’un goût pour le moins douteux. Seules quelques unes sont originales et jolies. Nous nous rendons ensuite dans un autre marché artisanal tout proche, dans un grand patio où des arbres ombragent une terrasse à laquelle nous nous attablons sur proposition de notre sbire ce qui est exceptionnel. En effet, il est interdit à ces agents d’offrir quoi que ce soit comme il leur est interdit de recevoir ce qui pourrait être interprété comme une tentative de corruption. En aucun cas ils ne doivent nous être redevables. Un orchestre cubain s’est installé au fond du patio et nous offre une musique agréable et rythmée, teintée de salsa. Ma collègue se lève alors, prend l’instrument qu’elle vient d’acheter et se joint au groupe, ravi !

 

Le soir nous nous retrouvons enfin entre nous, chez notre collègue, autour d’une pizza à la langouste, arrosé d’un Caramany qu’un autre collègue, en mission également, a amené de ses Pyrénées Orientales natales.

 

 

Samedi 25

 

Nous quittons l’hôtel à une heure et toujours en compagnie de notre sbire, nous attendons l’heure du départ dans le salon officiel. Ma collègue me trouve bonne mine, je lui réponds que c’est tout à fait normal puisqu’enfin nous partons…

 

Il serait abusif de dire que nous n’étions pas libres de nos mouvements durant cette semaine. Mais ce continuel marquage à la culotte, très pesant, nous a fait réaliser à quel point la liberté est un bien précieux que nous n’apprécions pas à sa juste valeur tant il semble évident dans nos démocraties. Il serait interdit à un cubain d’écrire les qui précèdent, aux autres de les lire…

 

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Dernière mise à jour de cette page le 11/04/2009

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