BARRANQUILLA ? J’AI DEJA OUBLIE…
COLOMBIE, DU 30 AOÛT AU 6 SEPTEMBRE 2008

Samedi 30 août
Depuis plusieurs jours, nous étudiions la progression de l’ouragan Gustav qui traverse d’est en ouest la mer des Caraïbes. En principe, nous devions passer deux jours après lui sur notre chemin vers
Nous enregistrons vers 13h30 et – ça commence fort – l’avion n’atterrira à Aimé Césaire que vingt minutes après l’heure théorique du départ ! La correspondance à Porto Rico s’annonce tendue. Finalement, tout se passe bien, même si le pilote a posé son ATR72 dans un style « western », avec un angle de près de 45° jusqu’au dernier moment, sans doute pour ne pas l’exposer aux rafales de vent, mais nous avons eu le temps de nous poser quelques questions ! Nous passons sans souci l’immigration américaine et attrapons le vol pour Miami. Nous y arrivons suffisamment tôt pour finir la soirée au bar de l’hôtel et siroter un mojito bien mérité avant d’aller dormir quelques heures. Toute la nuit, le vent souffle car nous sommes juste à l’extrémité est de Gustav, qui tient sans doute à nous saluer.
Dimanche 31
Connaissant la désorganisation chronique de notre « chère » compagnie, nous arrivons à l’aéroport deux heures trente avant le départ. Comme d’habitude, les queues sont dantesques, l’information est rare, les machines à enregistrer ne fonctionnent pas. Comme d’habitude aussi du coup, les nerfs sont mis à rude épreuve. Nous nous en sortons vivants et arrivons en zone réservée au moment précis de l’embarquement ! Mais tout va bien. Les horaires sont respectés et nous foulons le sol Colombien à l’heure prévue. Nous y attendons quelques stagiaires arrivés via Panama (avec notre vol d’origine) puis embarquons dans un minibus de l’hôtel. Pour rejoindre la ville, nous traversons longuement et à vive allure les « barrios » de Barranquilla, des banlieues miséreuses ou les bâtiments délabrés laissent à penser qu’une guerre a fait rage ici récemment. Pourtant non, ici on ne se bat que contre la pauvreté.
Une fois installés dans nos chambres respectives, nous sautons dans un taxi qui nous emmène à Buenavista, un centre commercial moderne qui regroupe des cinémas, des restaurants et quelques boutiques de luxe parmi lesquelles Yves Saint-Laurent, Guy Laroche, Esprit, et l’Occcitane en Provence. Ce sera notre seule sortie.
Ville natale de
De retour à l’hôtel, nous prenons un bain revigorant dans la piscine semi-olympique de l’hôtel avant d’y déguster le cocktail local, le « Barranquillero », préparé à base de rhum vieux et de jus de fruits, puis d’aller manger dans une salle réfrigérée plutôt que climatisée, à tel point que nous demandons à ce que l’air conditionné soit coupé. La nuit est tombée et la piscine, avec son éclairage multicolore et ses lits sur lesquels on peut s’allonger pour apprécier l’apéritif, n’est pas sans rappeler celle de l’hôtel Delano à Miami, avec toutefois un design moins travaillé. Pendant le repas, nous évoquons le souvenir du T-shirt d’un stagiaire, lors d’une précédente formation sur lequel était écrit « la vida sin sexo no es la vida ». Notre traducteur nous apprend alors une expression fort utile : « Mucho de bla bla, poco de touqui touqui ». Je vous traduis ?
Lundi 1er septembre
Tout est prêt à l’heure prévue et la session débute à neuf heures avec une cérémonie d’ouverture réduite à sa plus simple expression. Fort de mes succès à Buenos Aires et Guayaquil – succès très relatifs soyons lucides et modestes – je me lance sans filet dans un discours en espagnol. Je n’avais pas prévu que mon téléphone choisirait ce moment pour sonner, une première fois d’abord, puis une seconde avant que je me débarrasse de cet objet incongru. Je n’avais pas prévu non plus que les piles du pointeur seraient à plat pour le début de ma présentation habituelle. Pourtant, et je m’en étonne, je ne suis pas déstabilisé et tout se passe très bien.
Pendant la pause, je monte dans la chambre pour raccrocher ma cravate, dont le port est quasi insupportable sous cette chaleur humide, presque équatoriale. Une chaleur qui sans surprise se transforme vite en violent orage : de véritables trombes d’eau s’abattent sur
Après une passionnante après-midi de conférence, nous nous retrouvons à la piscine, toujours sous
Mardi 2
Le petit déjeuner est copieux. J’en profite pour gouter une spécialité locale, l’ayaca, une préparation à base de pâte de maïs fourrée avec du poulet et des petits légumes, le tout cuit dans une feuille de bananier. On trouve également les ayacas à Bogota, mais ils sont plus gros et se nomment « tamal » dans la capitale.
La journée de conférence se déroule d’une façon presque banale, ponctuée de nombreux échanges, le tout dans une bonne ambiance. La ville n’étant guère attirante - c’est un euphémisme - et le temps étant toujours à la pluie nous décidons de terminer à nouveau l’après-midi à
Mercredi 3
Ce matin, je dois présenter l’exposé que j’ai inauguré en juin à Buenos Aires et compte tenu de l’excellent accueil qu’il a reçu en Argentine, je prends la parole avec confiance, d’autant que je sais que le traducteur en fera une excellente version espagnole. En fin de matinée, j’ai rendez-vous avec une représentante de l’ONU venue spécialement de Bogota pour me rencontrer afin de discuter de ma participation à un projet qui se mettra en place dès la fin de l’année. Ne voyant arriver personne, je rejoins mes collègues au restaurant vers midi et demi. Elle s’y présente vers treize heures et nous décidons de nous retrouver autour de la piscine pour étudier la faisabilité de notre coopération. L’entretien se déroule très bien et nous trouvons un terrain d’entente assez rapidement. Mais le soleil est de retour, la forte chaleur également et sur sa proposition, nous mettons fin à la discussion et nous retrouvons au même endroit trente minutes plus tard, dans l’eau cette fois, avec l’agréable sensation du devoir accompli doublée de celle de se rafraîchir dans cette immense piscine. Mais, alors que nous nageons, quelques détails oubliés resurgissent et nous peaufinons notre accord entre deux brasses, situation pour le moins surréaliste !
Le soir, comme la veille et l’avant veille, nous refaisons le monde autour d’une bière avant d’aller prendre notre diner, toujours arrosé de ces horribles sodas, sucrés et sans saveur, dont la couleur qui change quotidiennement dépend de celle du produit chimique avec lequel ils ont été préparés. Heureusement, ils servent aussi de l’eau minérale... Ma curiosité me pousse alors à goûter de petits fruits orange de la taille d’un raisin : les « ochugas ». Bons mais très acidulés. Nous sommes dans un pays où il faut savoir ménager ses intestins, je n’en abuse donc pas…
Jeudi 4
Nous voici déjà au dernier jour de ce stage. La cérémonie de clôture se déroule pour une fois sans la présence d’autorités locales, ce qui nous autorise une très certaine décontraction. Je fais mon petit discours de remerciements habituels – en français - avant de passer la parole aux autres organisateurs. Nous remettons les diplômes et faisons la bise aux stagiaires féminines. Nous imposons les deux bises à la française- en Amérique du Sud, la tradition est à la bise unique – ce qui provoque quelques exclamations et sifflets des participants masculins, et échangeons les cadeaux habituels, toujours très simples mais toujours très sincères.
Le transfert vers l’aéroport est prévu à 13h30, dans un minibus de l’hôtel. Immanquablement, malgré deux relances, certains ont oublié de s’inscrire et le véhicule s’avère trop petit. Les bagages sont chargés dans une voiture mais il manque encore deux places. Un taxi complète donc le convoi. Nous entamons alors une traversée épique de Barranquilla : la conduite y est pour le moins spectaculaire et nous empruntons un itinéraire différent de l’aller : nous slalomons à peine rassurés le long de ruelles bordées de dizaines de garages et magasins de pièces détachées ainsi que de taudis insalubres devant lesquels sont assis quelques hommes oisifs et jouent quelques enfants à moitié nus.
Après quarante minutes au cœur de la misère nous arrivons à l’aéroport. Le chauffeur descend les bagages et je constate avec stupéfaction et effroi que mon bagage cabine – celui où je mets ce qui a de la valeur, ordinateur, appareil photo, documents de voyage etc. – n’a pas été chargé dans le minibus. Je me précipite vers l’autre véhicule, rien. Je commence à m’affoler quand une stagiaire me demande alors si la valise restant dans le taxi est à moi. Mon cœur peut commencer à se calmer !
Nous sommes accueillis par des policiers, qui prévenus de notre arrivée nous escortent jusqu’à l’enregistrement puis nous facilitent le passage à l’émigration et au contrôle de sûreté, sous le regard médusé des autres passagers, persuadés sans aucun doute que nous sommes des trafiquants de cocaïne européens tout juste arrêtés par les très efficaces services antinarcos. Dans la salle d’embarquement nous rencontrons par hasard d’autres policiers que nous avions connus en janvier à Bogota. Le monde est déjà petit, alors la Colombie…
Après une heure et dix minutes de vol, pendant lesquels nous survolons la ville touristique de Carthagène, nous nous posons à Tocumen, l’aéroport de Panama City. Là encore nous y sommes attendus par des policiers locaux, armés d’une affichette sur laquelle il est écrit «
Sur les conseils d’un ami, nous partons ensuite vers Casco Viejo, le quartier ancien de Panama City, qui offre un étonnant contraste avec les immenses buildings illuminés qui se dressent de l’autre côté de la baie et qui donnent à cette ville un petit air de Manhattan. Nous y découvrons un front de mer où le Pacifique vient éclater les vagues de sa marée haute, une cathédrale bicolore car seuls ses clochers ont été peints en blanc, le Ministère de la justice, un théâtre sur le mur duquel le portrait de Molière côtoie celui de Rossini, le palais présidentiel et de nombreuses ruines dont seules les façades ont été conservées et derrière lesquelles les chantiers en cours présagent d’un quartier rénové mariant avec intelligence la modernité et la préservation du patrimoine.
Notre ami nous y ayant réservé une table nous entrons dans un restaurant où on ne choisit pas ce qu’on mange mais seulement ce qu’on boit. Nous nous décidons pour de
Vendredi 5
Nous nous levons tôt mais de bonne humeur, et nous passons le petit déjeuner à nous féliciter de ce retour express en Martinique : à peine plus d’une heure pour le premier tronçon, trois pour le second. Nous arrivons à l’aéroport vers huit heures – notre chauffeur, le même que la veille, étant ponctuel – mais nous constatons avec angoisse que les employés de la compagnie française régionale distribuent des trousses de toilette. Mauvais présage immédiatement confirmé : suite à un incident technique, nous ne décollerons qu’à vingt deux heures ! En attendant, un minibus nous amènera à l’hôtel –celui-là même où nous avons passé la nuit – où nous serons pris en charge aux frais de
Nous avons la journée devant nous et décidons de louer les services d’un taxi pour un « city tour ». Nous nous mettons d’accord sur le tarif et nous partons vers dix heures, après un second petit déjeuner, à destination de l’écluse de Miraflorès, la première sur la route nord du Canal de Panama. Pour la troisième fois de ma vie, je suis au bord de l’Océan Pacifique. Les deux premières fois au Pérou dans l’hémisphère sud, aujourd’hui ici, dans l’hémisphère nord, mais chaque fois je l’observe depuis Miraflorès.
Long de soixante dix sept kilomètres, le canal dont la traversée dure en moyenne neuf heures, permet chaque année le passage de plus de quatorze mille bateaux. Ses écluses sont larges d’environ trente quatre mètres et comportent une longueur utilisable de plus de trois cent mètres. Elles permettent donc l’accès des plus grands cargos. Les navires sont tractés par de petites locomotives appelées « mulas » en souvenir des mules utilisées traditionnellement pour tirer les barges. Des travaux d'élargissement du canal ont été lancés en septembre 2007 et devraient être terminés en 2014. L’utilité de ce canal n’est donc pas à démontrer. Toutefois, rien n’est jamais parfait : en connectant deux océans, l’ouvrage a interrompu la continuité écologique qui permettait la circulation de la faune et de la flore au centre du continent Américain.
Nous retournons ensuite à Casco Viejo que nous découvrons cette fois de jour et qui nous offre ses charmes sous un autre angle et un soleil de plomb. Nous sommes de retour à l’hôtel en début d’après-midi et nous tuons le temps comme nous pouvons essayant de glaner quelques informations : l’avion aurait subi une avarie au train d’atterrissage et serait bloqué à Cayenne. Nous pensons donc que la compagnie est obligée d’affréter un avion de location, d’où la durée de l’attente. Nous apprenons alors par un autre passager que le rendez-vous pour le départ vers Tocumen serait désormais à minuit et non plus à dix neuf heures, ce qui ne nous étonne guère. Un peu avant dix neuf heures, nous nous asseyons au bar et observons : peu d’animation autour de la réception et aucun représentant de
Samedi 6
Tout le monde est là à l’heure dite et – ouf ! – le départ est confirmé. Nous nous engouffrons dans le bus. Au moment de démarrer, le chauffeur cale et le moteur refuse tout net de travailler en cette heure tardive. L’employé est donc contraint de pousser le minibus tandis que les passagers éclatent de rire, certains d’un rire nerveux. Nous arrivons finalement à l’aéroport vers minuit quinze. L’avion est prévu à deux heures cinquante ! Nous voilà donc en salle d’embarquement avec une nouvelle attente de plus de deux heures à supporter. Mais s’il n’y avait que la durée ! La musique d’ascenseur innommable, pire que les musiques des comédies de série Z des années soixante-dix, doublée d’une alarme qui retentit trois fois toutes les cinq secondes transforment ces deux heures en un véritable cauchemar, d’autant que des policiers profiteront de notre présence incongrue à cette heure – nous sommes seuls dans l’aéroport, le premier vol est à cinq heures trente – pour venir contrôler nos passeports et emmèneront un des passagers pour un contrôle plus approfondi. Ca ne s’invente pas !
Deux heures trente. Nous embarquons, pour attendre vingt minutes supplémentaires dans l’avion que le document administratif de vol soit remis au pilote. Les passagers déjà à bord, probablement en provenance de Cayenne sont hébétés, au trois quarts endormis, emmitouflés dans les couvertures du bord. Ils ressemblent à des survivants : Guyane-Martinique via Costa Rica et Panama, c’est assez original, mais les voyages forment la jeunesse dit-on. Alors de quoi pourraient-ils se plaindre ? Et nous qui atterrirons trois heures plus tard à Fort de France après une nuit blanche et seulement dix sept heures d’attente ? Non, tout va bien et nous nous réjouissons que la compagnie ait joué la carte sécurité. Mais plus d’information n’aurait pas nui. Le jour s’est levé depuis longtemps quand nous posons enfin le pied en Martinique, avec une seule idée en tête, dormir !
Voilà, c’était le journal de bord d’une semaine en Colombie dont l’intérêt anecdotique était au Panama. Pour la première fois, je n’ai pris aucune photo sur place, seulement une poignée à Panama City. Je remercie donc le train d’atterrissage de m’avoir offert l’opportunité de découvrir une capitale que je n’aurais sans cela peut-être jamais foulée et de laquelle je ramène de croustillants souvenirs.
Barranquilla ? J’ai déjà oublié…
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