JOURNAL DE BORD COLOMBIE 2008
NO MAS !
COLOMBIE 26 JANVIER AU 2 FEVRIER 2008
NO MAS* ! Le 4 février, une grande marche nationale contre le terrorisme et les enlèvements rassemblera des dizaines de milliers de personnes à Bogota. Malheureusement, venus une semaine trop tôt, nous ne pourrons y assister…
* assez !

Samedi 26 janvier 2008
Nous partons avec un jour d’avance sur le programme prévu. En effet, le vol d’Air Caraïbe prévu dimanche a été annulé et notre agence nous a contactés pour choisir une solution de rechange. Nous avons donc opté pour un départ ce samedi, avec Air France, Air Caraïbe prenant à sa charge les frais de transfert, d’hébergement et de nourriture supplémentaires.
Nous nous envolons à l’heure pour un saut de puce jusqu’à Point à Pitre. Le temps d’avaler un sandwich et nous repartons. Nous arrivons avec un peu de retard à Santo Domingo car nous avons passé environ vingt cinq minutes sur l’hippodrome de l’aéroport Las Americas. L’hippodrome, ce sont ces itinéraires circulaires, à différentes altitudes, qu’empruntent les avions en attente d’autorisation d’atterrissage.

Notre taxi nous attend et nous partons immédiatement pour le Centre Ville où une chambre nous a été réservée. Sur la route, qui longe la Mer des Caraïbes, nous admirons, entre dix-huit heures quinze et dix-huit heures trente, un magnifique couché de soleil aux couleurs rougies par le filtre apposé sur les vitres du véhicule.
Le repas étant pris en charge, il ne faut pas s’attendre à des miracles, mais nous mangeons correctement. Nous partons ensuite pour le « Bari », un bar où l’ambiance fleure bon la salsa. Nous y buvons deux tournées, dont une offerte par le patron ! Un type, soudain me regarde, puis il invite ma collègue. Après la danse, il vient me remercier, vexant ainsi cette dernière qui estime avoir passé l’âge d’obtenir une permission pour danser. A une heure, le bar ferme et nous passons devant une discothèque, le « Nowhere » où nous décidons d’entrer.
Nous commandons de la bière mais ils n’en servent pas et nous proposent un cocktail dont nous ignorons toujours la composition, probablement à base de vodka. Beurk ! Puis voyant qu’ils servent de la bière à d’autres clients, nous insistons et obtenons quand même nos « cerbezas ». En fait, la boisson offerte avec le prix d’entrée était imposée !
La musique est cette fois plutôt techno, électronique en tout cas, servie par un DJ aux lunettes bleues clignotantes, très entrainante, et très agréable, ce qui me surprend. Quelques minutes plus tard, deux hommes et une femme entrent sur scène et nous proposent un strip-tease pitoyable bien que prétendu international. Nous prenons une dernière bière.

Avant de quitter les lieux, nous entreprenons la serveuse – affublée d’un magnifique tatouage entre nombril et pubis – et obtenons (contre vingt dollars tout de même) le droit d’acheter un t-shirt aux couleurs de l’établissement. Mieux, tout en sourires et grâce à mes quelques mots d’espagnol, j’obtiens d’elle qu’elle offre à ma collègue ébahie ses magnifiques boucles d’oreilles torsadées qui forment deux cœurs d’environ huit centimètres !

Nous rentrons à l’hôtel à deux heures trente, la tête pleine de bruit, de fumée – de bière aussi – et de souvenirs. Voilà une semaine qui commence sur des chapeaux de roues !
Dimanche 27
Le réveil à huit heures est plutôt brutal mais un bon petit déjeuner nous remet les idées en place. L’hôtel étant doté d’une connexion wifi, je passe la quasi-totalité de la matinée sur internet. Nous nous retrouvons vers midi pour un repas qui à défaut d’être bon (ni mauvais) fut très long. Malgré tout, nous avons eu assez de temps pour une balade digestive dans le vieux Saint-Domingue, toujours aussi charmant, toujours aussi chaleureux.
A quinze heures, nous partons pour l’aéroport. Le vol est à l’heure, la correspondance à Panama City se déroule sans anicroche et nous arrivons à l’heure à Bogota. La seule fausse note de la Copa sera une attente de vingt minutes avant l’ouverture des portes de l’avion une fois celui-ci garé. Un problème de passerelle apparemment. A vingt trois heures quinze, j’étais au lit, fatigué malgré tout par ce périple centre-américain.

Lundi 28
L’hôtel est très agréable et parfaitement situé : dans le quartier des ambassades, dans la partie nord de Bogota. Un quartier où l’on peut se promener dans trois centres commerciaux dont un très huppé, ainsi que dans les nombreuses boutiques qui jalonnent des rues très propres. Il y a également un grand nombre de bars et restaurants, le long de deux rues perpendiculaires, d’où le nom de zone « T ».
Bogotá se trouve à une altitude de 2640 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans la Cordillère orientale du nord des Andes. Elle est située sur un plateau, au pied d’une chaîne de montagnes dont les collines les plus fameuses s`appellent Guadalupe et Monserrate, sur les crêtes desquelles ont été érigées deux imposantes églises.
Bogota compte environ 8 millions d’habitants répartis dans des quartiers où le niveau de vie est très variable .Comme toutes les mégalopoles d’Amérique du sud, elle est très polluée. La circulation y est très dense et les nombreux pilotes de motos, revêtus de leur plastron et de leur casque marqués du numéro d’immatriculation de leur véhicule, tâchent de gagner du temps en slalomant entre les vieux bus qui crachent leurs nuages noirs et les taxis jaunes omniprésents.

Les vieux bus sont toutefois remplacés petit à petit tandis que se développe le Transmilenio, un réseau moderne d'autobus articulés, disposant de deux voies de circulation réservées, ce qui lui confère une rapidité appréciée par près d’un million cinq cent mille voyageurs – et pas mal de pickpockets – chaque jour. Un projet de métro est également en cours. Les taxis sont nombreux mais il est très fortement déconseillé de les emprunter. Il arrive en effet qu’une fois à bord, des individus entrent dans le véhicule de chaque côté, vous bloquant toute issue. Dieu seul alors connait votre destination !

Les nombreuses « carreras » (avenues orientées nord-sud) croisent des « calles » (rues, orientées est-ouest). Ces voies étant numérotées, il est facile de trouver son chemin dans cet immense damier. Les parcs et jardins sont nombreux, et dans le nord, de très grands arbres agrémentent un quartier très agréable et ultra protégé.
La pollution, associée à l’altitude nous causera toutefois quelques légers désagréments : maux de tête, toux, essoufflements. Bizarrement, tandis que le mal de l’altitude disparait très vite à Cusco, au Pérou, il persiste à Bogota : l’air est pur à Cusco, très pollué à Bogota. Sans doute est-ce une explication. La pluviométrie est double de celle de Paris. Nous avons donc beaucoup de chance car le soleil est au rendez-vous et le restera toute la semaine.
A treize heures, notre chauffeur ponctuel nous emmène à l’aéroport. La circulation plus dense que jamais nous retarde et nous arrivons juste à temps pour commencer à quatorze heures. Malheureusement, il nous faut attendre de longues minutes avant d’obtenir notre sésame, un badge avec une photo digne des photocopieuses des années cinquante.
Enfin, nous pénétrons dans la salle de conférence. Nous nous rendons vitre compte qu’il manque le vidéoprojecteur. Je me vois mal assurer mon « show » sans support visuel. Heureusement, on nous en promet un rapidement. Vingt minutes plus tard et après quelque inquiétant bricolage électrique, je me lance, bien que l’appareil affuble mes diapositives d’un rouge disgracieux.

Tout se passe bien. Nous terminons vers dix sept heures et à dix huit heures nous sommes de retour à l’hôtel. Sur le chemin, le programme de la radio s’interrompt pour diffuser l’hymne national. Le traducteur, qui nous accompagne, nous explique que matin et soir, les programmes de toutes les radios s’interrompent de la sorte pour cet élan nationaliste.
Le soir, nous avons rendez-vous avec une autre délégation martiniquaise. Nous nous retrouvons autour d’une bière à l’Irish Pub, lui aussi situé dans la zone « T ». Nous mangeons ensuite juste en face dans un excellent restaurant avant de partir pour un autre bar où nous regardons une fille s’effeuiller lentement. Pendant ce temps, je travaille mon espagnol avec la charmante Daniela, très jolie, très souriante, mais comme elle ne parle ni l’anglais ni le français, la conversation prend rapidement fin.

Mardi 29
La matinée se passe bien à l’aéroport jusqu’à la pause méridienne. Nous décidons de manger dans une pizzéria, et malheureusement, mon collègue est victime d’un pickpocket qui lui dérobe son argent liquide, l’équivalent d’environ cinquante euros. Nous nous remettons vite de cet incident, et retournons au travail, en appréciant le tact du voleur qui a eu le souci de laisser les pièces dans le porte-monnaie…
Le soir, nous prenons l’apéritif à la terrasse chauffée de l’Irish Pub avant de diner dans un restaurant italien où la serveuse ponctue chacune de ses phrases, chacune de ses inscriptions sur son carnet de commande par un « con mucho gusto » systématique qui ne tarde pas à déclencher notre hilarité. La qualité des plats servis, très finement épicés, nous fait oublier une addition un peu trop salée.

Mercredi 30
Avec ma collègue nous sommes reçus à l’Ambassade de France par les délégations qui nous accueillent et coorganisent notre séjour. A l’issue, le chef de l’une d’entre elles nous invite à déjeuner dans un restaurant situé le long du « parque de la 93 », où nous découvrons quelques spécialités locales ou du moins sud-américaines. La cuisine colombienne n’affiche pas de réelles spécialités, à part quelques soupes. Elle se contente d’adapter des recettes espagnoles ou des états voisins. En revanche, on trouve partout une large palette de jus de fruits locaux parmi lesquels : goyave, fruits de la passion, et patiya que je déconseille sauf si vous souffrez d’une sévère constipation ! Je ne prendrai pas le risque de vous confirmer les effets annoncés.

Nous terminons suffisamment tôt l’après-midi pour bénéficier d’une visite éclair du vieux Bogota. Nous y accédons par une route en corniche, très sinueuse, le long de laquelle nous croisons des paysans avec leur lama, sellé, et de laquelle nous admirons un superbe panorama sur l’immensité de la cité de Santa Fe de Bogota puisque tel est son nom complet depuis 1538. Nous passons ensuite vingt minutes environ au Musée Botero à la Candelaria où nous apprécions de superbes pièces de Pissarro, Monet, Picasso, Dali et les étranges et très érotiques dessins de Caballero. En revanche nous sommes circonspects devant les œuvres de Botero qui ne montrent qu’obésité et difformité, finissant par donner la nausée. Le Musée de l’or étant en travaux, une partie de ses collections ont été transférées au Musée Botero. Malheureusement, seules quelques pièces précolombiennes retiennent notre attention, ainsi qu’un « obus » d’or, d’une vingtaine de centimètres de haut sur douze de diamètre environ et qui ne pèse pas moins de trente sept kilos !

Le chauffeur nous propose ensuite une visite en voiture. Afin de prendre quelques photos, nous lui demandons d’ouvrir les vitres et de s’arrêter devant les principaux monuments, comme par exemple le palais présidentiel ou la Plazza Simon Bolivar et sa Catedral Primada. Il nous répond que c’est impossible cat notre Mercédès est blindée ! Nous comprenons alors que compte tenu de la dangerosité de cette ville (vols mais surtout enlèvements) le chauffeur a reçu des consignes strictes pour assurer notre protection.
Parmi les clichés que nous parvenons quand même à réaliser, une photo de l’affiche, qui sur fond de drapeau colombien, invite la population à participer à la grande marche contre les FARC : « NO MAS – 4 DE FEBRERO – CONTRA EL TERRORISMO », événement auquel l’ensemble des média donnent un large écho. Nous comprenons d’ailleurs, en écoutant la radio, que des transports spéciaux sont organisés au départ de Barranquilla, sur la côte caraïbe pour les colombiens désireux de participer.

Cette rapide visite nous permet cependant de constater qu’à part quelques vieilles maisons, Bogota ne présente guère d’intérêt touristique.
Le soir, après avoir pris l’apéritif chez le collègue « local de l’étape », nous dinons dans un excellent restaurant où les plats s’inspirent largement de la cuisine Thaï. Je m’y régale avec un mélange de poulet et de langoustines agrémentés d’une sauce sucrée-salée et de légumes asiatiques. Nous y fêtons le succès de notre collègue pour sa fructueuse intervention de l’après-midi. Sur notre lancée, nous maintenons cette excellente ambiance autour d’un dernier verre, là encore sur la terrasse de l’Irish Pub qui devient notre point de chute quotidien ! Nous ne serons de retour à l’hôtel qu’à une heure trente.

Jeudi 31
Ce matin, nous sommes accueillis par le chef d’escale d’une compagnie aérienne qui met à notre disposition l’ensemble de son matériel et de ses applications informatiques. Nous travaillons donc en situation réelle, ce qui s’avère très constructif et est très largement apprécié par nos hôtes.
Nous mangeons dans un des restaurants de l’aéroport. Je décide de goûter une des soupes colombiennes traditionnelles, souvent mangée en famille le dimanche, l’ « ajiaco con pollo » : une soupe à base de trois variétés de pommes de terre et de blanc de poulet dans laquelle on ajoute une cuiller de crème fraîche et des câpres. Servie avec une galette de pomme de terre, du riz et de l’avocat, cette soupe se révèle délicieuse.

Nous sommes de retour à l’hôtel assez tôt pour terminer les préparatifs de la cérémonie de clôture.
Vendredi 1er février
Pris dans les bouchons matinaux, notre chauffeur se penche et extrait de la boite à gants un revolver d’une taille impressionnante. Heureusement, il ne nous arrivera rien, et nous arrivons sans dommage à l’aéroport.
La cérémonie se déroule sobrement, honorée par la présence de deux colonels colombiens. A notre retour, nous assistons à la fin de l’extinction par les « bomberos », les pompiers colombiens, d’un incendie au cœur du centre commercial « Andino », voisin de l’hôtel.

Nous ne pourrons y venir qu’en fin d’après-midi, pour quelques achats et quelque lèche vitrine le long des boutiques Cartier, Lacoste, Prada, Saint-Laurent, Dolce et Baggana…
Nous nous retrouvons ensuite à notre QG, l’Irish Pub, avant d’aller manger chez un autre collègue en poste à Bogota où nous passerons une agréable soirée arrosée de Champagne, d’un excellent Riesling de Ribeauvillé, d’un Pessac-Léognan, enfin d’un vieil armagnac. Bref, nous étions en quelque sorte de retour en France.
Samedi 2
Nous nous levons à 5h30 pour une journée entièrement consacrée au voyage de retour qui pour une fois n’est ponctué d’aucune mauvaise surprise. Il faut dire que nous avions soigneusement évité American et Miami…
Le seul petit couac fut l’erreur de l’hôtesse de Aéro Républica qui malgré notre demande expresse nous attribue des sièges côté droit. Nous ratons donc le survol d’un volcan. Toutefois, grâce aux virages successifs du Boeing, nous pouvons admirer la moderne Panama City, fière de ses gratte-ciel, et l’embouchure du canal où d’innombrables cargos semblent faire la course dans les premiers nautiques de leur traversée de la Mer des Caraïbes.

Nous avons la chance d’être surclassés pour le tronçon Panama City – Santo Domingo et profitons donc d’un réel confort pour assister, avec Awaken de Yes en fond musical ce qui donne une double harmonie à ce moment intense, au magnifique spectacle des côtes d’Hispaniola : Haïti, puis la République Dominicaine nous ont offrent leur plus beaux turquoises avant un atterrissage en douceur sur l’aéroport de Las Americas.
Enfin, après une heure d’attente mise à profit pour nous restaurer, nous embarquons dans l’airbus qui se pose à l’heure sur le tarmac de Fort de France.
Au passage à l’immigration, aucun bonsoir, aucun sourire, aucun merci, aucun « allez-y ». Juste le silence méprisant de celui qu’on dérange en cette soirée de Carnaval. J’entre ensuite dans les toilettes en attendant l’arrivée des bagages et suis saisi par une insupportable odeur d’urine. C’est vrai qu’il est vingt heures trente. Partout, en Amérique centrale, du sud, partout dans la Caraïbe les sanitaires des aéroports sont nettoyés en permanence. Nulle part il ne reste des poignées de portes où attraper des bactéries après vous être lavé les mains.

Il n’y a aucun doute, je suis bien arrivé en Martinique.
1. Macha Le 04/02/2008 à 13:11
Toujours un régal de te lire... Et quel dépaysement !
Merci de faire profiter tes lecteurs de ces voyages authentiques, concrets et quotidiens, loin des formules toutes faites et stéréotypées des brochures touristiques.
A bientôt, très bientôt ;-) ......
Dernière mise à jour de cette page le 04/02/2008