MARIE-JOSEPH

MARIE-JOSEPH

La brume a revêtu son plus bel apparat,
Découpe la haute silhouette là bas,
D'un phare halluciné qui en souffle la corne
Et les instants magiques d'une émotion énorme.

La Marie-Joseph glisse lentement, gentiment,
Sous une étrange et blafarde absence de vent;
En soleil et dorlots les fidèles matelotes
Triturent le chapelet, tristes et dévotes.

La Marie-Joseph, vers les bancs de harengs
Emmène au large, les fils, maris et amants,
Et bientôt disparaît au droit fil d'horizon,
Les laissant seules sur la jetée des illusions

La Marie-Joseph navigue en fragile proie,
Quand la mer se fâche d'un coup de noroît,
Qui soulève violemment la poupe et la proue.
Elle frappe, elle cogne, elle fouette, elle secoue.

La Marie-Joseph toujours fière au combat
Monte, plonge et subit mais ne se rend pas.
Ses hommes ont enfilé ciré chaussé cuissardes
Car de pêcher, malgré la tempête, il leur tarde

La Marie-Joseph digère les paquets de mer
Un grain, n'est que vent et pluie passagère.
Le roulis sauvage suit le pénible tangage.
Les hommes chahutés sont prêts au largage.

La Marie-Joseph déploie son incroyable chalut :
Haro sur les lieus, maquereaux et merlus.
Branle-bas de combat, elle est enfin sur banc,
Des milliers des millions, des tonnes de harengs.

La Marie-Joseph les hisse jamais lasse.
Les caques impatientes et les caisses de glace,
Aux cris d'une folle mais sereine agitation,
S'emplissent de l’argent des remuants poissons.

La Marie-Joseph si courageuse à l'ouvrage,
Comme ses marins bénis que l'on dit volages
Les cales repues quitte le glacial Sandettie
Oublie les engelures des valeureux maris.

Mais la Marie-Joseph bat pavillon en berne.
Les goélands, les macareux et les sternes
Miaulent en hommage au pêche-arrière endeuillé
D'un chef de quart distrait par une lame emporté.

La Marie-Joseph s’amarre silencieuse au port,
Le vieux lamaneur aussi prie pour son mort.
Pour le poisson, une passion, un homme à la mer.
Une veuve sur le quai, éplorée, l'âme amère.

Mais la Marie-Joseph déjà de sa puissante étrave
Prend le cap et se souvient de ses soeurs épaves
Elle fend l'écume, accomplit sa noble mission.
Ses marins comme leurs pères, ravaudent sur le pont

La Marie-Joseph dans le gris glacial du matin
Salue la croix là-haut du Calvaire des Marins
Avec ses mousses et matelots, fidèle, elle croit
Et disparaît recueillie vers la Pointe aux Oies

La Marie-Joseph fend l'eau glacée des morues
De Norvège et se souvient que je l'ai connue,
Que je l'ai aimée, comme Baptiste le fier marin
Qu’une marée montante nous rendra demain







Le soleil et les dorlots font partie du costume traditionnel de la matelote boulonnaise :
- le soleil c’est la coiffe
- les dorlots ce sont les longues boucles d’oreilles

Les caques sont les cales à hareng (on entend quelquefois « serrés comme des harengs en caque »)

Le Sandettie est un lieu de pêche en Manche-Mer du Nord

Un pêche-arrière est un type de chalutier qui comme sont nom l’indique déroule son chalut par l’arrière du bateau.

Ravauder, c’est réparer les filets

Le Calvaire des Marins est une chapelle dédiée aux marins, construite en haut de la falaise qui surplombe la rade de Boulogne.

La Pointe aux Oies, à une dizaine de km au nord de Boulogne, est un site où les oies souvent se rassemblent sur le chemin des migrations

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