SENTENCE

SENTENCE

(fichier PRC)

 


Dans un pays d'Europe qui, malgré le joug d'un régime totalitaire, tente de se reconstruire après une guerre civile, un époux aimant, père de famille affectueux, employé modèle du Ministère de la Culture, est arrêté par la police politique. Son crime ? Avoir rêvé d'un monde meilleur...

 

En participation à l'anthologie « D'un rêve à l'autre » du collectif d'auteurs GR746, cette nouvelle a été écrite à quatre mains avec Macha Sener.

 

En participation à l'anthologie « D'un rêve à l'autre » du collectif d'auteurs GR746, cette nouvelle a été écrite à quatre mains avec Macha Sener en mai 2008.

 


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Extrait :

La pluie a cessé. Une courte averse, phénomène tout à fait banal en cette saison. Goran vient de quitter son travail et il marche dans les rues de Dubrovar. Dans une demi-heure environ, il sera chez lui, un petit appartement niché dans un des faubourgs de la ville. Il y retrouvera son épouse, Valerija, et leur fils Zlatko. Un sacré petit bonhomme de sept ans, débordant de vie et qui c'est sûr, sera footballeur professionnel. Goran aimerait bien pouvoir conduire, il gagnerait du temps. Mais dans ce pays, en pleine reconstruction, la voiture est un luxe dont il rêve avec patience et confiance. Alors, il marche, et déjà, il imagine le sourire retrouvé de Valerija et entend les cris de Zlatko.
Il y a tout juste un an, après de longs combats, cruels et destructeurs, le peuple s'affranchissait enfin de la tutelle politique de son grand voisin, un pays magnifique qui pourrait être riche s'il n'était gangrené par la dictature et la corruption.
Les stigmates du conflit, à la fois politique et religieux, sont encore très visibles : de nombreux bâtiments, éventrés par les bombes crachent encore leurs gravats sur des rues quasi désertes le long desquelles, cachées derrière leurs fichus et leurs longs manteaux, quelques ménagères au regard triste, après avoir subi de longues files d'attente, s'en retournent chez elles. Çà et là, quelques épaves de véhicules jonchent encore les rues adjacentes à l'Avenue de la liberté, l'ancienne Avenue Lénine, rebaptisée dès la proclamation de l'indépendance.
La situation n'a guère évolué ces douze derniers mois, mais Goran est rempli d'un réel optimisme. Il regarde avec fierté le petit pont de pierres, épargné par la guerre, qui enjambe de son unique arche la rivière Milkaja, tandis que la montagne au loin affirme sa puissance. Aussi neuf soit-il, ce pays est désormais souverain, indestructible.
Goran en est persuadé, le pays et son peuple sont enfin libres, et après quelques mois nécessaires à la transition vers la démocratie, ils jouiront pleinement de cette liberté, et du confort et de la sécurité qu'elle garantit.
Cependant, son optimisme est sans cesse chahuté par les difficultés persistantes rencontrées au quotidien par une population qui commence à s'impatienter, car les fruits de sa révolte sont bien longs à mûrir sur l'arbre du renouveau. Certes, la nourriture ne manque pas, du moins en quantité. Pourtant, la viande est rare et quand il arrive qu'un boucher acquière une carcasse, il faut être chanceux et faire preuve de persévérance pour en obtenir quelques grammes, à un prix exorbitant.
Le pouvoir politique tente de calmer la population, et explique la nécessité des mesures - annoncées comme transitoires - qu'il a dû prendre pour éviter à son peuple meurtri de replonger dans le chaos : la loi martiale et le couvre-feu ont certes été abrogés, mais aussitôt remplacés par un état d'urgence permanent.
Le soleil réapparaît derrière les nuages qui foncent vers l'est et arrose de ses rayons les flancs verdoyants du Mont Ligman. Bientôt, il brillera sur un pays fier et prospère, un pays où il fera enfin bon vivre.

 

 

 

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