L'HOMME QUI COURT

L'HOMME QUI COURT

(fichier PRC)

 

Un homme rêve qu'il court aux quatre coins du monde. Le Professeur Tacchalo, narco-analyste de renommée internationale, prétend pouvoir utiliser ses rêves, grâce à un hypnotique révolutionnaire couplé à un décodeur, pour comprendre la nature profonde de l'homme. Jusqu'où celui-ci poursuivra t-il sa course ?

 


En participation à l'anthologie « D'un rêve à l'autre » du collectif d'auteurs GR746.


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Titre disponible sur http://stores.lulu.com/stephanethomas

Extrait :

L'homme gorge ses poumons d'iode. Il arrive au bord d'une falaise qu'il longe sans ralentir. Il court vers le nord, sur un sentier à peine tracé. Irrémédiablement attiré par le bruit des vagues qui viennent échouer leur écume sur les flancs calcaires de ce promontoire, il saute et atterrit trente mètres plus bas sur les galets que l'érosion a lentement polis.
L'homme court. Soudain, ses pieds s'enfoncent dans une pâte caoutchouteuse noire qui dégage une odeur pestilentielle. Il continue de courir, enjambe un fou, puis deux, un pétrel, dix, cent. Combien d'oiseaux, mouettes, macareux, sternes, cormorans et guillemots sont là, qui balisent de leur agonie la route de l'homme, leurs plumes souillées du deuil de leur liberté ? L'homme court désormais dans une série noire des années cinquante. Tout est noir, tout est gris, la couleur s'est envolée à mesure que les oiseaux repliaient leurs ailes mazoutées. La plage est noire. Partout. Le ciel est gris et, au loin, les phoques pleurent, inconsolables.
L'homme court. Il attrape un palot et rejoint des grappes de pantins désarticulés, une foule d'épouvantails qui, armés de pelles et de seaux dérisoires, luttent contre la mer. Une mer blessée qui, à chaque vague, noire, vient déposer un peu plus d'enfer. Il va, il vient, remplit un, puis deux, dix fûts de cette pourriture immonde.
La plage est noire, les rochers sont noirs, les algues sont noires, les crabes eux aussi sont noirs. Noirs et morts. Seuls quelques oiseaux sont encore blancs. Ils planent désespérément dans ce ciel gris, ils savent que s'ils se posent sur les eaux, en quête de nourriture, eux aussi deviendront noirs. L'homme court vers ce rocher, vers cet autre, il gratte, il nettoie, il vomit tant l'odeur est insoutenable. Derrière lui, la marée montante déverse sa pestilentielle cargaison, de plus en plus épaisse, de plus en plus nauséabonde.
L'homme ne se décourage pas, il continue la lutte, pendant des heures. La nuit arrive, noire elle aussi. L'homme refuse de se reposer. Il court vers la route qui le mènera sans aucun doute à un jour nouveau. Mais ses pieds alourdis s'enfoncent de plus en plus dans ce marécage putride. Il s'enlise jusqu'aux chevilles, puis jusqu'aux genoux. Il tente de se dégager, mais plus il court, plus il se débat, plus il s'enfonce. Bientôt, il ne lui reste que les bras pour avancer dans ce purin.
Alors, l'homme respire aussi profondément qu'il peut, plonge sa tête dans l'infâme mélasse. Il boit, il avale, il ingurgite le pétrole. Il vomit immédiatement, mais il continue sa course, dans ce marais noir. Plus que jamais, il court.
Au loin, la silhouette d'un cargo poubelle, échoué, signe le forfait. Mais l'homme sourit. Il sait que ce type de pétrole, bien que brut, n'est pas dangereux. Aucune étude n'a pu démontrer la toxicité du produit. Certains hydrocarbures sont extrêmement dangereux, mais, jusqu'à preuve du contraire, pas celui-ci. L'homme n'est pas inquiet. Il sait que le pétrolier échoué n'est pas un de ces tankers géants qui ont été construits dans les années soixante-dix. La cargaison échappée ne doit pas dépasser quelques milliers de tonnes.

 

 

 

 

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